Archives - 03/2009

Des robots, des âmes et des Ocres

roman

Les évènements racontés dans ce livre se sont produits durant les années qui ont suivi le retour de Cléodrake vers les contrées du Nord. Ses démons avaient été inhumés au sommet de la Baume, un à-pic à l’entrée Nord de Sisteron.

Déchirée par les volontés contradictoires du Central et par l’immuable voie de l’Autorité, Cléodrake fut rapidement abandonnée par ses Alliances et ses futurs ex. Il ne restait de son héritage que ce qu’elle avait pris par la violence, parfois à son corps défendant. Elle passait ses journées à tirer sur les dessous pour travailler son look. Son rendement était excellent mais, malheureusement, elle était pilotée par un manager indigne et déloyal : le bon docteur Doc Bémol.

Cléodrake devait rendre son premier rapport après trois mois de mission. Doc Bémol lui demandait des comparatifs, des indicateurs de tendances et des analyses de situations. Menteur comme un texan, furieux de recevoir une étude insipide et puérile, considérant qu’il n’était pas possible de laisser la situation perdurer, il créa un poste de Chargée de clientèle pour lequel il recruta Lucie-Paule Ramirez. Celle-ci changea tout le mobilier du comptoir d’accueil et exigea un fauteuil ergonomique, ainsi qu’un écran plat. Il fallut aussi installer un serveur de réseau : Crimosoft.

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Le 25/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres

roman , cheval

Introduction 2/2

Un jour qu’il examinait les chiffres du Central, l’Autorité se rendit compte qu’un service n’était plus aussi pertinent que prévu. Le service des Prélèvements prélevait à son profit quelque chose qui ne pouvait qu’avilir les humains au profit des robots. L’Autorité fit appel à Edith Consult pour qu’elle s’adonnât aux joies de l’audit et qu’elle préconisât des solutions.

Après que Cléodrake eut rencontré John Park, par le plus grand des hasards, elle diminua rapidement le rythme de ses rentabilités et commença par se plaindre de tout ce feu qui lui était dorénavant proposé.

Dans cette histoire partie d’un fait divers en été, John Park éprouva très vite le besoin de comprendre pour agir, chose que Cléodrake considérait comme ridiculement inutile. D’autant que John Park ne semblait comprendre que le langage des Ocres.

La présence des Ocres, dans ce roman, démontre que les robots tendent irrémédiablement à devenir des parasites puisque, les Ocres le savent bien, les robots ne servent à rien.

Llorca Shewan n’aurait pas fait semblant de vous parler de vous s’il n’avait fait exprès de vous parler de lui, à moins que ce ne fût l’inverse.

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320 pages

Dépôt légal mai 2007
Crédit couverture Carole Glé
Copyright Jacques Mantz

 
 
 
 
Le 24/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : ils l’ont lu

roman

Encore une exploration entre le dérisoire et l’essentiel. Llorca Shewan s’est dit qu’il fallait y aller et il y est allé avec réalisme. Démontrant encore une fois qu’il est libre et qu’il connaît les frontières qui nous séparent de la norme, il est parti à la conquête de la mémoire sur le chemin du silence et de la parole. Revenu de loin avec une réflexion colorée, parfois sombre, sa légende a ranimé l’Ocre qui sommeille en moi.
Bernard S

Voici un roman qui exacerbe les contradictions entre le réalisme et l’héroïsme. Llorca Shewan hurle sa chanson pathétique. Mais le plus important c’est que, dans cette fiction, quelque chose au fond nous ressemble.
Christian P

Des robots, des âmes et des Ocres est une manière d’être plus Ocre aujourd’hui que ne l’étaient les Ocres d’hier. L’insubordination aux stratèges silencieux et aux imbéciles patentés s’apparente à la vérité. Llorca Shewan dit ce qu’il veut dire en alternant rudesse et lyrisme, ses couplets sentent la poudre pendant que son refrain va tout droit à l’âme.
Marine Th

Ni mémoires ni poésie, ni roman ni fiction, ni polard ni biographie, rien de tout cela ! Mon chien hurle à la mort, mon cheval devient fou, ma voiture ne me regarde plus dans les yeux, ma femme est en train de lire ce livre, mes nuits sont hantées par des tournevis cruciformes et, bref, moi j’ai peur !
Jean-Jacques C

J’ai traversé ce livre comme l’aurait fait un funambule, oscillant entre le réalisme et l’imaginaire sans cesser de m’interroger. Je me suis laissée aller au déséquilibre des émotions, je me suis réveillée au petit matin, troublée par les sonorités et les sens qui croisent ces matins que l’on n’oublie pas.
Carole G

Dans la nuit bleue d’un ciel étoilé apparaît l’éternelle quête de l’humanité : celle de l’unité. Depuis les matérialistes hystériques jusqu’aux idéalistes rêveurs, tous y passent sauf les robots. On peut ne pas aimer les Ocres mais, quoiqu’il arrive, ils veillent.
Florence C

Un roman sombre ? Pas du tout ! Llorca Shewan se rit de nos contradictions et se rit de lui-même. Lu au troisième degré, je me suis marré comme un tordu. Chaque phrase est un jeu de mots, chaque page est un concept. A lire de loin pour se détendre !
Jacques P

J’ai pris mon dictionnaire à plusieurs reprises et, vraiment, je ne regrette pas. Les jeux de mots sont astucieux. J’ignorais l’oxymoron et je vois maintenant qu’il définit à merveille nos contradictions. Un légiste véreux transplante des âmes prélevées sur des cadavres vivants. La transplantation des âmes dans des robots est-elle possible ? Merci d’avoir posé la question.
Paulette C

L’imagination de l’auteur fonctionne comme un aiguillon dans celle du lecteur. Celui qui n’a pas d’humour avant la lecture a intérêt à en avoir après s’il ne veut pas que sa vie reste une morne répétition d’erreurs. Les robots nous envahissent mais leur absence d’âme nous les fait tenir à distance.
Mylène S

Lorsque j’ai ouvert ce livre je ne pensais pas y trouver ce que cherche le plus dans ma vie : l’humour avec un grand H. Les robots m’ont interrogée en permanence sur le paradoxe qui confronte la réalité à l’imaginaire. Llorca Shewan est un dictionnaire.
Cathy F

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320 pages

 
 
 
Le 23/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : l’univers des Ocres

roman

Entrez dans l’univers des Ocres

 
 
Le 22/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : la couverture

roman

La couverture

a été réalisée par Carole Glé

Voici les maquettes qui ont conduit à l’épreuve définitive :

 
 
Le 21/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : extrait 1/16

roman

Central, minuit

L’Autorité se tenait debout. L’homme était grand. Il avait les cheveux grisonnants, non, blancs... enfin de la même couleur que l’unique vêtement qui, fermé au col, couvrait son corps jusqu’aux pieds. La lumière blafarde du clair de lune ne permettait pas de distinguer nettement les contours de son visage, encore moins les contrastes de l’architecture des lieux. Bien que la hauteur du plafond monumental écrasât les perspectives, on devinait une stature imposante, peut-être moins grande par sa taille que par sa présence. Il portait un katana au côté droit, ce qui laissait supposer qu’il était gaucher.

De quoi as-tu peur ?

De rien ! Je n’ai peur de rien ! Ni de la mort ni des loups, ni de la barbarie des hommes.

De rien ?

J’ai parfois peur de ma mémoire ; de moi-même.

Tu ne pourras pas sortir indemne d’une telle aventure. Exécute ta mission et rédige ton rapport, nous en tirerons les conclusions.

Cléodrake prit le couloir en enfilade et se dirigea vers les sous-sols du Central. Le docteur Doc Bémol l’y attendait pour régler les derniers détails de la mission.

Le docteur Doc Bémol était entièrement vêtu de noir. C’était un ex enfant, futur vieillard de taille moyenne, avec une tendance épouvantablement puante à la condescendance. Cléodrake choisit de ne pas en faire une affaire personnelle :

Quel con ! Il sent le foutre, le hareng et la cire et, si je ne me trompe pas, le vif relent d’un gros bouquet d’emmerdements !

[…]

Doc Bémol avait essuyé l’injure avec placidité, fuyant à toutes jambes dès que le ton des invectives grimpait d’un cran, fier d’arborer cette veulerie que revêtait parfois l’enfance pour mieux singer le monde des adultes. Il guida Cléodrake jusqu’aux sous-sols du retraitement :

Dans cette galerie, nous sommes entourés de peintures faites avec des restes humains, inutilisables à d’autres fins.

Les artistes savent-ils qu’ils peignent avec des restes humains ?

Il est probable que les artistes de Trovel n’ont jamais soupçonné le moindre lien entre les tubes qu’ils utilisent et la bidoche que tu vois sur ces étagères à bocaux.

[…]

Le docteur Doc Bémol ne voulait pas en dire plus pour l’instant. Cléodrake devrait d’abord se contenter d’obéir. Une fois la mission accomplie, il la flatterait en la mutant dans son service. Ca ferait certainement des jalouses mais, en attendant, il pourrait la faire sauter sur ses genoux dans le miroir aux alouettes.

 
 
Le 20/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 2/16

roman , cheval

Tanguisimo

Immobile, la jambe gauche formait une barrière souple, un peu en avant de la sangle. La jambe droite, en sollicitation légère, lissait le flanc d’arrière en avant comme l’aurait fait une plume.

John Park dansait avec Uprillon.

Les doigts de la main gauche, ouverts sur des rennes doubles, formaient une invitation à l’engagement tandis que la fermeté tranquille de la main droite, au beau fixe près du garrot, soutenait la direction dans une récompense permanente. L’encolure détendue et parfaitement placée, le chanfrein à l’exacte verticale, le cheval à la robe noire et soyeuse arborait une étoile de taille moyenne en tête. Des balzanes haut-chaussées sur les antérieurs amplifiaient l’effet chorégraphique de ses appuyers.

L’arrière-main propulsait le duo dans un mouvement coulé, pendant que l’avant-main aux épaules obliques transformait l’ensemble en un art gracieux, élevé au rang de l’entente absolue. Le doux regard d’Uprillon était celui d’un être au tempérament forgé dans l’acier (…)

John Park conduisit sa monture jusqu’à hauteur du poteau de bois qui marquait l’entrée de la carrière. Il s’y arrêta et y suspendit sa veste de velours ocre, laissant apparaître une ample chemise de drap blanc rehaussée d’une passementerie qui lui couvrait les épaules. Le soleil avait fait son apparition depuis plus d’une heure et se trouvait déjà haut sur l’horizon. Les senteurs du matin, mêlées à la rosée, faisaient place à la douce chaleur de juin lorsque, d’un coup de rein, Uprillon se remit en mouvement comme par impatience.

A l’esthétique apparente s’ajoutaient l’âme, l’intervalle et le rythme. Le bruit feutré que produisait l’impact des pieds d’Uprillon sur la poudre sablonneuse, le souffle régulier de l’air exhalé par les naseaux, le cliquetis régulier de la gourmette du mors de bride, tout emportait le duo dans l’infinie diagonale d’un tango argentin. Uprillon aimait tant ce pas de deux que, souvent, il l’exécutait seul dans son pré, lorsque John Park venait à sa rencontre. Autour d’eux régnait alors un silence que même le vent dans les ailes de Millie, un milan royal en vol plané, n’aurait osé perturber.

Pourtant, ce matin quelque chose d’étrange troublait l’atmosphère. Le cheval et l’oiseau semblaient avoir flairé une présence. Le premier paraissait aux aguets chaque fois qu’il faisait face aux roseaux qui bordaient la rivière, le second donnait l’impression de resserrer ses évolutions concentriques au-dessus d’un point que représentait ce même bosquet de roseaux. Un chiot se mit à japper dans les écuries.

Uprillon pouvait être ombrageux. De temps à autre, un événement aussi insignifiant qu’inattendu pouvait l’effrayer. Sa Majesté partait alors dans un drôle de galop. Des figures hautement stylisées semblaient inscrites dans ses gènes. A sa naissance, le poulain avait une robe claire qui s’était assombrie avec l’âge, de la même manière que l’élégance du mouvement s’était éclaircie avec l’attention minutieuse que lui portait John Park.

Rassemblé à son optimum, Uprillon joua la dernière mesure tanguisimo, avec un brin de nostalgie. Le menton haut, le buste en arrière, John Park venait de conclure la danse par un reculer suivi de deux pas en avant. Il avait fixé son partenaire dans une posture légèrement cambrée. Les oreilles pointues étaient droites et disponibles, la main s’était rendue sur des rennes longues. Le cavalier prit la direction du corps de ferme.

John Park mit pied à terre et débarrassa les cuirs. Sur les pavés lisses de la cour intérieure, Uprillon s’ébroua si joyeusement qu’il en perdit presque l’équilibre. Puis il baissa l’encolure à droite, pour se frotter les salières sur la jambe tendue. John Park lui fit des chatouilles derrière les oreilles, là où la têtière laissait une trace encore tiède. Ceci avait toujours pour effet de déclencher le sourire d’Uprillon dont la lèvre supérieure découvrait ses incisives.

Près de la rivière en contrebas, dans la horde réunie en cercle, les chevaux reposés étaient impatients de trotter avec l’étalon qui s’en revenait au grand galop, libre parmi les siens. John Park observa le ciel immaculé. Dans un piqué frénétique, Millie s’en était retourné couver.

Aucune journée sur la terre ne pouvait mieux commencer que celle qui s’ouvrait par un tango en dentelle, alternant passages et appuyers de haute école. L’estafilade sur la joue gauche de John Park ne serait bientôt plus qu’une ombre, un mauvais souvenir.

 
 
Le 19/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 3/16

roman

Flash

Dans les baffles surpuissants de la Jaguar, les transes hypnotiques de Loreena Mc.Kennitt cessèrent brusquement leur brame en braille lorsque l’annonceur prit le relais :

Et voici maintenant notre flash d’information.

Il n’avait rien à signaler sur la route, la circulation était encore fluide en cette mémorable veille de grand départ de fin de semaine à pont. L’annonceur passa directement aux faits sans importance.

De source bien informée, on signalait une multiplication des ventes de viande humaine autour de Trovel. Dans cette seule région, en moins d’un mois, une dizaine d’automobilistes seraient entrés malgré eux sur le marché des prélèvements d’organes. A en croire l’annonceur, la population locale se déprimait dans une véritable psychose. On supposait que des individus survivants étaient maintenus dans des cellules sombres avant d’être massacrés.

De même source, l’existence d’une enquête aurait été portée au grand jour par un groupuscule de personnes menacées. La police scientifique se serait avouée à court des indices habituellement exploitables en pareilles circonstances. Trois exhumations auraient été ordonnées par une autorité inconnue à ce jour.

Dans les baffles de la Jaguar, une guitare électrique se mit à gueuler tout ce qu’elle savait faire sur deux cordes.

 
 
Le 17/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 5/16

roman

Les futaies du Thaur

C’était la fin du mois de mars, le cinquième jour de ses investigations. Au pied de la falaise qui coupait net le versant Ouest de la Baume, John Park n’était guère loquace.

[…]

La première information qui l’assaillit fut olfactive : une ignoble odeur de cadavre, mêlée à celle d’un conservateur au formol et à de la lavande fermentée. La vapeur de ces infimes particules pénétra ses fosses nasales pour remonter jusqu’à l’apex. Là, quatorze millions de petits cadres récepteurs analysèrent l’odeur pour la transformer en signaux qui fonçaient vers le bulbe olfactif, puis vers l’hippocampe.

[…]

Seule l’utilisation d’une lumière ultraviolette aurait permis de découvrir des inscriptions s’il y en avait eu quelque part. Mais dans ces lieux, la couleur bleutée, mélangée à l’odeur, aurait indisposé John Park. L’insupportable chaleur le fit rapidement remonter à la surface.

[…]

A cent cinquante mètres de là il se remit à creuser, à creuser encore, pour découvrir qu’il y avait là trois cadavres de bonne taille : des adultes. Ils avaient des os très solides, sans doute parce qu’ils avaient longuement couru sans fin ni but et que leur alimentation fut bonne.

[…]

Trois robots pouvaient tenir un secret à condition que deux d’entre eux fussent morts. Sous la domination tyrannique de machines au cœur de pierre, des humains dignes de confiance avaient dû vivre ici dans un monde cruel et tourmenté. Et puis il y avait l’autre : la chieuse. Elle s’était remise à l’affût dans les futaies du Thaur, avec ses jumelles, et elle s’énervait en sautillant sur place comme une vraie furie. L’une après l’autre, ses Alliances l’avaient plaquée. Oh ce n’était pas l’élite, bien entendu ! juste de vagues déferlants qui faisaient leur écume sur de la fesse. La chieuse n’aurait pas pu se contenter de plumitifs qui discutaient ferme de la fusion qui avait eu lieu dans la région, entre des humains et des robots.

 
 
Le 16/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 4/16

roman

Peut-être

En quittant le Central de Trovel, Cléodrake s’était d’abord montrée hésitante à l’idée d’un voyage qui lui semblait n’être qu’une amère régression. La désagréable impression de revenir sur ses pas sans pouvoir nullement l’expliquer lui fit décider d’un passage par Alzonne et Villepinte. Le vague souvenir d’y avoir vu des chevaux de chagrin, dessinés dans un ciel de nuit, pourrait attiser en elle la fonction d’oubli. Du moins l’espérait-elle.

Maintenant assise en tailleur à même le sol, Cléodrake lissait un carré de sable devant elle. Avec l’index, elle traçait d’étranges figures dans l’ocre rouge du tamis : quatre lignes ondulées l’une au-dessous de l’autre, puis quatre autres encore. Ensuite elle additionna mentalement les deux figures pour en obtenir une troisième, celle qui formerait l’imprévisible réponse d’un invisible oracle. C’est ainsi qu’elle se reconfigurait chaque fois qu’elle communiquait à distance avec l’Autorité. Cette fois, elle cherchait à comprendre les motivations qui la poussaient à épier.

Une fois le dessin terminé, elle compta le nombre de sommets dans chaque ligne de la première trace, c’est-à-dire les quatre premières, puis elle écrivit ce nombre 0 car il était impair. La même opération s’ensuivit avec les quatre lignes de la seconde trace, écrite 00 car elle était paire. Pour finir, Cléodrake additionna les deux traces en vue d’obtenir la réponse de l’Autorité. Au total, les quatre signes étaient impairs.

Cette figure évoquait le détachement, la rupture avec le passé, l’indépendance perdue, un sentiment de liberté frustrée. Cléodrake avait besoin de quelque chose de neuf, d’un redémarrage, d’un changement dans ses relations. Il était question pour elle de partir, de suivre un autre chemin, de prendre une décision, de savoir ce qu’elle voulait, elle qui n’avait jamais su. Une décision qu’elle prendrait dans une gare, un aéroport ou plus sûrement sur une route de campagne.

La réponse de l’Autorité fut 0 0 0 0, ce qui signifiait :

Peut-être !

 
 
Le 16/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 6/16

roman

Trovel

Trovel et sa région avaient une bien curieuse histoire. Un jour qu’un aventurier inconnu sillonnait cette contrée sauvage, il ramassa au fond de son gobelet des petites pierres noires. Il les mit machinalement dans sa poche et, de retour à Sisteroùn quelques mois plus tard, il les redécouvrit par hasard. Une fois ouvertes, les pierres libérèrent une lumière jaunâtre qui s’écoula dans sa main, révélant des bulles d’or sous une mince couche de sucre. Il pensa immédiatement :

Des raisins d’hiver !

[...]

La croissance urbaine de Trovel s’était organisée systématiquement à partir de deux modes d’occupation de l’espace. L’un était planifié, l’autre était illicite (...)
En réalité, deux villes coexistaient dans un dédale malsain. L’une était déterminée par les prescriptions des documents de l’urbanisme officiel édicté par le Haut conseil de la ville, l’autre (illicite) procédait de la nécessité des néo-citadins à se loger.

[...]

Mais Trovel était aussi la ville d’un consentement. Si l’on remontait aux motivations originelles du Central, l’attraction de la ville reproduisait les mêmes mobiles que les mafias du XX° siècle dans les pays du Tiers-monde. Trovel était un élément attractif même si, en réalité, le mouvement démographique venait plus essentiellement d’une crise sociale des campagnes que de la lumière jaunâtre des raisins d’hiver.

[...]

Autrefois, chaque maison abritait une famille. La location était possible, le maintien du bon voisinage primait, le contrat était écrit. Par la suite, si l’on en croit les récits des turluttes, le contrat était devenu oral. Intégré par l’intermédiaire des voisins, le nouvel arrivant trouvait là une base de sociabilité qui permettait au Central de passer de l’espace familial à l’espace des orgueils et des supercheries.

[...]

Le secteur public était concerné, lui aussi. Nombre de bâtiments publics étaient construits sur des terres agricoles considérées par la réglementation comme strictement interdites à la construction. La zone d’activité du Central était à cet égard un fleuron du genre. Situé dans un quartier périphérique, là où des rapeurs se vautraient dans la contre production artistique, l’établissement était réputé pour ses techniques de pointe. Celles-ci témoignaient d’un changement radical des rapports de l’humain avec son environnement. Face à l’ampleur des dessous de table, le Haut conseil de la ville avait très rapidement laissé faire l’ambiguïté.

 
 
Le 14/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 7/16

roman

Place centrale

S’exhiber sur la Place centrale était pour Cléodrake une rencontre avec son passé souterrain, avec sa propre vie, avec son improbable immortalité et avec le royaume de l’autre monde : celui des humains. Y stationner sans scintiller eut été une impardonnable faute de goût. Un gloss brillant de chez Camif était indispensable, très nacré, aromatisé à la groseille pour faire star-system. Cléodrake s’était peint les cils aux nuances de blue-jean noir, indispensable pour affoler le gibier. Un gommage pour les mains et les pieds, un prolongateur de bronzage enrichi d’un complexe tonifiant, que demander de plus à un produit culte, à une lampe de chevet ?

[…]

De nombreux passants prenaient d’abord la direction du centre, croyant toucher directement au but, mais, ensuite, l’itinéraire sur la place se complexifiait. Les virages obligeaient à faire demi-tour, à méditer sur la marche des choses. Les promeneurs parcouraient l’équivalent de quarante fois le rayon du cercle central, quarante étant la fréquence sonore de l’édifiante édification médiévale.

[…]

Des hommes s’y croisaient, partaient dans différentes directions poursuivant toutes le même but. Que serait-il donc advenu d’eux si, subitement, leur but avait été atteint ? Peut-être, dans ce lieu propice à la connaissance de soi, les humains frôlaient-ils les sociétés tribales pour chercher la rencontre avec les Ocres ?

[…]

La prolifération des accidents paraissait très nouvelle pour les trovéliens. Ils avaient refusé jusqu’ici d’admettre un lien de causalité directe entre tel ou tel évènement ou avec une évolution générale. Ils avaient plutôt renvoyé aux statistiques le constat que l’histoire de la région avait toujours été émaillée d’accidents mortels. Il y avait toujours eu des épisodes anthropophagiques et, jusqu’à nouvel ordre, leur prévision demeurait impossible. Cependant, depuis quelques semaines, la réserve des trovéliens n’était plus de mise car nul n’osait plus contester qu’une mystérieuse activité obligerait chacun à se débrouiller avec les conséquences de ses erreurs.

Les spécialistes avaient fait tourner en flash-back tous leurs modèles de simulation après les avoir gavés de données réellement disponibles. Ils avaient dû en conclure qu’aucun de ces modèles ne voyait rien venir plus de trois ou quatre heures à l’avance. Ils en étaient toujours au même point. Au moment où ils annonçaient la fin de l’épisode de juillet, ils se reconnaissaient incapables de jurer qu’il n’y en n’aurait pas un autre dans la foulée, une petite semaine plus tard.

 
 
Le 13/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 8/16

roman

Fait divers

Depuis trois jours qu’il était arrivé, John Park s’était installé dans une location en vide, sommairement aménagée pour en faire un atelier, dans le quartier Nord de Trovel. Son goût pour l’oxymoron et pour le style dépouillé des Ocres provoquait en lui l’apaisement dans lequel il puisait une fascinante inspiration. Une planche sur deux tréteaux pour tout mobilier, et pour tout accessoire son katana : un sabre droit. Une lame de vingt-cinq pouces qui se portait à la hanche, le tranchant vers le ciel. Le manche de soixante quinze pouces avait été forgé pour être tenu à deux mains, la droite au contact de la garde, pour les droitiers.

Dans tous les journaux régionaux, la Une et ses quatre suivantes étalaient les nouvelles accréditées par l’unique agence nationale de presse. La plupart du temps c’était sans intérêt, du point de vue purement informatif. John Park se reporta immédiatement aux pages locales.

Le canard titrait un article sur l’augmentation subite et inexpliquée des accidents de la route survenus aux alentours de Trovel. Parmi les accidentés, deux corps d’automobilistes avaient été retrouvés depuis quarante huit heures, déchiquetés, les organes vitaux volatilisés. Alcoolémie zéro, aucun tiers directement impliqué. Un troisième corps, celui d’un motard complètement ivre, s’était enroulé plein pot autour d’un arbre. Il était mort mais entier. Selon de rares témoins, l’homme avait rendu son âme juste après le passage en trombe d’un cabriolet tape-à-l’œil, génétiquement modifié.

Sur la page suivante, dans la rubrique culturelle, John Park pu lire le témoignage d’un chef de chantier qui se plaignait du retard causé par de curieuses découvertes. En effet, à la limite orientale de la plaine crayeuse, le chantier d’une nouvelle voie de communication à très grande vitesse refoulait ses vestiges. Les découvertes se multipliaient le long d’un itinéraire qui se trouvait être celui de la migration de populations anciennes.

Toutes ces nouvelles menèrent John Park sur des pistes inédites, bien plus vastes qu’il ne l’avait imaginé. Il entreprit de se rendre immédiatement sur les sites des accidents et des vestiges.

Dans les champs de raisins, la tâche semblait aussi pénible qu’illusoire. L’inventaire ne progressait que mètre par mètre. Ce qu’il trouvait pouvait aussi bien être une sépulture qu’un simple trou, occasionné par des travaux agricoles. Cependant, trois squelettes qui dormaient dans un tumulus, non loin de Trovel, redécouvrirent peu à peu la lumière du jour. Pour l’un d’entre eux, la forme des dents trahissait la morphologie du carnassier, symbole de force et de courage, figure emblématique de l’engeance qui avait bien failli envahir le territoire des Ocres. Autour du cou, un pendentif rappelait du déjà-vu en d’autres lieux*. Deux lettres étaient incrustées au verso : AV.

John Park se mit en contact avec le laboratoire de la rue Basse des remparts de Sisteroùn. Il n’avait plus de doute, il s’agissait bien d’elle :

[...]

Si Trovel devenait un nouveau centre de civilisation, le Central parvenu à son développement maximum serait bientôt à la pointe de la technologie et, par conséquent, de son pouvoir sur les humains.

* Carmen Lhô chez les Ocres

 
 
Le 12/03/2009 dans ROMANS

La tablature pour guitare

guitare

La tablature est une méthode d’écriture musicale qui convient parfaitement à la guitare.

N’en déplaise aux intégristes conservateurs, la tablature désignait autrefois toutes les formes possibles de notation musicale. De nombreuses pièces ont été écrites sous forme de tablatures pour harpe irlandaise, dès le XV° siècle.

L’avantage de la tablature réside dans la lecture concrète de ce qu’il faut jouer.

Il n’en reste pas moins que savoir lire en notation classique est un avantage évident parce qu’il existe beaucoup plus de partitions qu’il n’existe de tablatures.

Par parenthèse, j’ajoute qu’il faut vous méfier des tablatures sur Internet. Elles comportent quasiment toutes des erreurs plus ou moins grossières. Il existe deux raisons à cela : d’une part elles sont faites à la machine, ce qui engendre notamment des aberrations de doigtés. D’autre part, leur édition n’est tout simplement pas autorisée par l’auteur.

Les lignes représentent les 6 cordes de la guitare. Les chiffres correspondent aux cases sur le manche. Le chiffre zéro indique que la corde est pincée « à vide ». Pour représenter le rythme, on utilise des traits verticaux.

D’autres symboles permettent de décrire toutes les nuances avec la même précision que dans une partition. Exemple : X = note étouffée H = harmonique Les notations conventionnelles classiques sont souvent utilisées dans les tablatures.

Des sites de qualité :

 
 
Le 12/03/2009 dans MUSIQUE

Des robots, des âmes et des Ocres : 9/16

roman

Le feu

Elle adorait la façon dont ses robes trop étroites se collaient à son corps quand elles étaient mouillées, révélant les courbes de son dos et de ses cuisses, mettant à son comble l’excitation de se regarder. Deux heures s’étaient écoulées depuis l’orage, le soleil se couchait, la canicule reprenait de plus belle :

Ainsi, Môsieur Park, tu fais partie de ces hommes qui ont besoin de comprendre pour agir ?

Elle avança lentement son index vers la joue gauche de John Park, effleurant la cicatrice qui lui barrait le visage :

Pour tout dire, je ne crois pas du tout que tu t’appelles John, bien que ce prénom te va tout à fait bien. Je ne t’ai pas cru un seul instant lorsque tu as prétendu devoir cette cicatrice à un duel. Tu n’es pas du genre à revenir blessé de tes duels, John. Tu es homme prompt à tuer celui qui chercherait à te nuire. En te voyant monter Uprillon, j’ai bien vu que ton trot est celui d’un écuyer mondain. Mais j’ai vu aussi que ton galop est celui d’un hussard dont le cheval revient triomphant du combat. Je t’ai vu absorber les craintes d’un étalon effrayé. Sans dire un mot, tu l’as apaisé.

[…]

Cléodrake n’avait plus rien de commun avec la fille au fard blue-jean qui avait crashé sa Jaguar à Sisteroùn. Ces yeux là avaient appris à mentir. Les folles mèches blondes et noires de ses cheveux accentuaient une farouche expression de révolte. Une expression butée mais pas vilaine, après tout. Un masque pouvant se déchirer au gré de mimiques sur une beauté assez singulière. Elle répéta pour elle-même et comme pour se convaincre : « Comprendre pour agir, c’est ridicule ! Il doit faire avec son corps des choses que je ne connais pas encore... »

Quelque chose de chaud émanait de lui et enveloppa Cléodrake d’une sensation qu’elle découvrait pour la première fois. C’était une chose qui lui fit tourner la tête à l’instant où il la prit dans ses bras et posa ses lèvres sur les siennes. Elle ne savait pas ce que c’était, elle savait seulement que c’était là pour toujours et mit cette découverte de côté, comme une lettre qu’elle pourrait relire plus tard ou jeter aux orties :

Pars ! fous le camp !

Je ne vous veux aucun mal !

Laisse-moi, recule !

Je veux seulement comprendre !

Du vent !

[…]

Après qu’il l’eut touchée, le feu lui emboîta le pas. Du moins s’agissait-il plutôt d’une petite partie de feu. Un étrange crépitement de braises la fit se retourner et, lorsqu’elle aperçut la flamme, elle souffla dessus et l’éteignit si facilement qu’il y avait là comme un mystère.

[…]

C’étaient les premiers temps du Palladium : une boîte de nouilles. Les chiottes du Palladium étaient froides mais ses alcôves étaient brûlantes. Celles-ci marchaient par quatre. Les clients se vautraient dans des jeux d’apéro sans savoir que le blagueur d’à côté était magistrat, ou que sa pétasse d’un soir était avocate ou vendeuse de lingerie fine à domicile. Ils pouvaient tout aussi bien être franc maçons. Les peaux en sueur se rafraîchissaient au bord du delirium, des mains moites cherchaient des entrejambes pour y fourrer leurs doigts, des pauvres filles abandonnées par leurs Alliances opéraient des rotations lascives pour attraper une Philip Morris ultra légère au fond de leur sac à main. La soupe techno hard déferlait au bar, là où des assoiffés d’à peine vingt ans s’envoyaient des vodkas jusqu’à tomber par terre.

[…]

D’une main décidée, Léo Taxi avait entraîné Cléodrake loin du brouhaha, à l’ombre d’un réverbère en rade. Elle s’y était appuyée tout fermement, la chatte rasée comme si elle partait en vacances en Nouvelle-Calédonie. Sur un petit ton de pédago, elle s’était presque excusée de vouloir qu’on entre chez elle sans frapper, comme si Echo avait encore une fois...

 
 
Le 11/03/2009 dans ROMANS

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