L’histoire du tango : 3/3

tango

Carlos Gardel est un véritable mythe. Astor Piazzolla opère une révolution en poussant plus loin que tous les autres l’autonomie de la musique par rapport à la danse.

Carlos Gardel

Carlos Gardel est une étape importante dans l’histoire du tango. C’est un véritable mythe. D’ailleurs, sa naissance est entachée de mystère, sa mort est auréolée d’un drame. Est-il né en Uruguay ? Est-il né à Toulouse ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est mort le 24 juin 1935, brûlé dans un accident d’avion à Medellin, en Colombie. Une partie de son public refusa de croire à sa mort. Il est devenu le mythe le plus fort qui puisse être en Argentine. Toutes les classes sociales se sont identifiées à lui. La quantité de livres parus sur Gardel est impressionnante.

Enfant, el francesito comme on l’appelait, accompagne sa mère dans les loges du Politeama où elle s’occupe du linge des artistes. Il est aimé des artistes et fasciné par le chant. Sa carrière commence en 1912. En 1925 il enregistre en Espagne puis il vient à Paris, réalisant le rêve de tout Argentin. A partir de 1932 il construit sa carrière de chanteur international en s’appuyant sur des textes conçus pour être compris par le monde entier. Il est celui qui ignore de quelle souche il est issu et dont la naissance reste mystérieuse, comme il en va des héros légendaires.

Astor Piazzolla

Astor Piazzolla (1921-1994) opère une révolution en poussant plus loin que tous les autres l’autonomie de la musique par rapport à la danse. Il est révolutionnaire parce qu’il a le projet clairement exprimé de changer la tradition, de secouer l’establishment du tango. Les traditionalistes ne supportent pas ses inventions. Le rôle d’Astor est important car il va redonner de l’intérêt au tango en tant que genre musical et, paradoxalement, le grand regain du tango dansé des années 1980 doit beaucoup à son intervention permanente sur les scènes internationales.

Astor commencera par écouter le jazz, qu’il aime beaucoup. A neuf ans, il reçoit de son père son premier bandonéon et, 5 ans plus tard, il jouera son premier tango avec Carlos Gardel à New York : Sans savoir rien, dira-t-il sur les ondes de Radio France en 1981. En parlant de Gardel, il affirme dans cette interview : Avant tout c’est un mythe. C’est le mythe argentin et je crois qu’il n’existe pas de mythe médiocre. Quand quelqu’un est un mythe c’est que c’est une personne importante. Il n’y a aucune personne qui peut chanter le tango mieux que Gardel.

Astor Piazzolla commence par écouter les petits orchestres et tombe amoureux du tango : En même temps que j’aime beaucoup Bach, je vais commencer à aimer le bon tango et lutter contre le mauvais tango, le médiocre. Je commence à faire des arrangements pour tous les orchestres de Buenos Aires mais tous les orchestres n’ont qu’une chose en tête : jouer pour faire danser. Ce qui fait un tango très simple et je ne suis pas content de jouer toujours la répétition constante de la même musique pendant plusieurs années. Alors je constitue mon propre orchestre. Au début je trouve pas de succès parce que ma musique n’est pas faite pour être dansée. C’est un problème car, en 1946, tous les peuples dansent le tango.

En réponse à l’animateur radio (qui l’interroge sur ses compositions) Astor Piazzolla répond :

C’est pas du tango-jazz. Je crois que la parole « jazz » elle a rien à voir avec la musique que je compose. J’ai habité beaucoup de temps à New York mais, du jazz, il y a rien du tout. Heureusement, il y a du Piazzolla. La musique que je compose, c’est la continuation du tango, c’est de la musique d’aujourd’hui. Pour être Piazzolla il faut aller au conservatoire et étudier beaucoup de la musique.

Pour rédiger ces articles je me suis inspiré de : Caroll & Brown Limited, Les danses de salon, 1994 / Christiane Le Bordays, La musique espagnole, PUF 1977 / G. Regazzoni, MA. Rossi, P. Sfragano, Abc del ballo, Solar 1998 / Radio France du 21 mars 1981 / Rémi Hess, Le tango, PUF 1996.

Le 12/05/2009 dans REPORTAGES