L’histoire du tango : 1/3

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Le tango argentin est une alchimie particulière qui est née en 1880-1900 et qui débouche, à l’époque, sur une nouvelle forme culturelle.

L’Argentine

Le tango argentin est une alchimie particulière qui est née en 1880-1900 et qui débouche, à l’époque, sur une nouvelle forme culturelle.

Le tango est un dépassement de la danse de couple (valse, mazurka, polka, chotis) et des danses populaires, telle la milonga. Cette dernière continuait à être décriée par la bourgeoisie argentine qui s’accrochait à des danses européennes pré révolutionnaires comme le menuet.

Le tango est marqué par le folklore latino-américain dont le candombé est un fidèle représentant, mais aussi par le « tango » espagnol (une figure de flamenco) et par des influences africaines.

Le tango est né dans les fêtes populaires, puis, rejeté par la société établie, il s’est installé dans les bordels et dans les académies des bas-fonds. A Buenos Aires, le mythe veut que le tango ait germé dans le quartier du port et qu’il ait grandi dans ses lupanars. Il conquiert sa légitimité quand Paris puis l’Europe le reconnaissent. Il se répand alors dans le monde entier. La danse révolutionnaire et licencieuse est adoptée dès 1800.

Les candombés et les habaneras apportent la rupture du rythme, autrement dit la syncope, qui sera la nouveauté par rapport à la musique répétitive des trois temps de la valse. Les milongas apportent aux danseurs un certain style de marche en prise rasante avec le sol.

Dans le tango, on danse davantage serrés l’un contre l’autre. D’un point de vue chorégraphique, le tango est donc une véritable trouvaille, même si, d’une certaine manière, l’invention était déjà présente dans la milonga. Les danses de couple, alors dominantes, exigeaient le mouvement continu. C’est-à-dire que le couple devait enchaîner des pas rythmés sans s’arrêter. Les inventeurs du tango introduisirent la suspension du déplacement. C’est-à-dire que le couple s’arrête tout à coup. Mieux ! l’homme a l’habitude de s’arrêter seul pendant que la femme caracole ou tourne autour de lui et, à l’inverse, la stabilité de la femme permet à l’homme de se déplacer. L’une des caractéristiques fondamentales du tango réside donc dans la suspension du déplacement.

Une autre caractéristique est la rupture avec la chorégraphie symétrique. Par exemple dans la valse, et c’est ce qui fait sa beauté, l’homme et la femme ont un pas identique, exécuté en parallèle. Alors qu’on a pu voir dans la valse une danse égalitaire ou même autogérée, le tango introduit fortement la différenciation des rôles. La suspension est le point de départ d’une chorégraphie différenciée pour l’homme et la femme. Arrêté, l’homme sert de point d’appui à la femme qui enjolive la danse.

Le tango bouleverse les usages mais, en même temps, pour l’intégrer en Europe, on le mutile de manière à l’adapter aux contraintes morales de l’époque : il faut lui donner de la distinction.

Entre 1905 et 1911, les Français passent à côté du tango. Ils vont ignorer plusieurs éléments constitutifs de son extraordinaire paradigme. Le premier niveau de la falsification sera de ne pas comprendre les caractéristiques de la suspension et de l’improvisation. Le second niveau de falsification sera que les Français se mettront immédiatement à écrire le tango, à le faire entrer dans des manuels, alors qu’il n’est justement pas descriptible avec les concepts de l’époque. L’est-il d’ailleurs devenu aujourd’hui ? Cette écriture est non seulement approximative, elle est un véritable contresens.

La question de la standardisation des danses se posa en Europe pour permettre des compétitions sportives internationales. On inventa le tango international des années 1920 – 1930. Mais cette question fut particulièrement mal posée en ce qui concerne le tango, et l’on fabriqua une danse à partir de critères techniques, encore plus éloignée du tango que ne l’était déjà le tango français, avec des mouvements de tête aux antipodes du mouvement tango.

Au début du XX° siècle, un nouveau style de danse sociale émerge dans le peuple parisien. Les inventeurs du musette français (des immigrés italiens et des auvergnats) y intègrent le tango. Même si l’altération fut là encore particulièrement forte, sur des pas extrêmement simples, les danseurs de musette étaient peut-être plus proches des bals populaires argentins que ne l’étaient les danseurs de compétition.

Le tango a souffert des juntes militaires qui se sont succédées durant trente ans, après la chute de Peron en 1955. Les dirigeants interdiront la diffusion de certains tangos classiques. On interdit même la possession d’enregistrements du Cuarteto Cedron. Ce dernier reviendra sur l’avant de la scène lorsqu’il s’installera en région parisienne, dans les années 1970.

Depuis 1990, un nouvel engouement explose en Europe, au Japon et dans de nombreux autres pays, pour créer des lieux où l’on renoue avec le vrai, avec le tango argentin. Ce mouvement s’appuie sur un double soutien : celui des danseurs argentins immigrés à Paris, Berlin, Milan, et celui de danseurs français qui vont se former en Argentine.

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Le 12/05/2009 dans AMIS