Des robots, des âmes et des Ocres : 8/16

roman

Fait divers

Depuis trois jours qu’il était arrivé, John Park s’était installé dans une location en vide, sommairement aménagée pour en faire un atelier, dans le quartier Nord de Trovel. Son goût pour l’oxymoron et pour le style dépouillé des Ocres provoquait en lui l’apaisement dans lequel il puisait une fascinante inspiration. Une planche sur deux tréteaux pour tout mobilier, et pour tout accessoire son katana : un sabre droit. Une lame de vingt-cinq pouces qui se portait à la hanche, le tranchant vers le ciel. Le manche de soixante quinze pouces avait été forgé pour être tenu à deux mains, la droite au contact de la garde, pour les droitiers.

Dans tous les journaux régionaux, la Une et ses quatre suivantes étalaient les nouvelles accréditées par l’unique agence nationale de presse. La plupart du temps c’était sans intérêt, du point de vue purement informatif. John Park se reporta immédiatement aux pages locales.

Le canard titrait un article sur l’augmentation subite et inexpliquée des accidents de la route survenus aux alentours de Trovel. Parmi les accidentés, deux corps d’automobilistes avaient été retrouvés depuis quarante huit heures, déchiquetés, les organes vitaux volatilisés. Alcoolémie zéro, aucun tiers directement impliqué. Un troisième corps, celui d’un motard complètement ivre, s’était enroulé plein pot autour d’un arbre. Il était mort mais entier. Selon de rares témoins, l’homme avait rendu son âme juste après le passage en trombe d’un cabriolet tape-à-l’œil, génétiquement modifié.

Sur la page suivante, dans la rubrique culturelle, John Park pu lire le témoignage d’un chef de chantier qui se plaignait du retard causé par de curieuses découvertes. En effet, à la limite orientale de la plaine crayeuse, le chantier d’une nouvelle voie de communication à très grande vitesse refoulait ses vestiges. Les découvertes se multipliaient le long d’un itinéraire qui se trouvait être celui de la migration de populations anciennes.

Toutes ces nouvelles menèrent John Park sur des pistes inédites, bien plus vastes qu’il ne l’avait imaginé. Il entreprit de se rendre immédiatement sur les sites des accidents et des vestiges.

Dans les champs de raisins, la tâche semblait aussi pénible qu’illusoire. L’inventaire ne progressait que mètre par mètre. Ce qu’il trouvait pouvait aussi bien être une sépulture qu’un simple trou, occasionné par des travaux agricoles. Cependant, trois squelettes qui dormaient dans un tumulus, non loin de Trovel, redécouvrirent peu à peu la lumière du jour. Pour l’un d’entre eux, la forme des dents trahissait la morphologie du carnassier, symbole de force et de courage, figure emblématique de l’engeance qui avait bien failli envahir le territoire des Ocres. Autour du cou, un pendentif rappelait du déjà-vu en d’autres lieux*. Deux lettres étaient incrustées au verso : AV.

John Park se mit en contact avec le laboratoire de la rue Basse des remparts de Sisteroùn. Il n’avait plus de doute, il s’agissait bien d’elle :

[...]

Si Trovel devenait un nouveau centre de civilisation, le Central parvenu à son développement maximum serait bientôt à la pointe de la technologie et, par conséquent, de son pouvoir sur les humains.

* Carmen Lhô chez les Ocres

Le 12/03/2009 dans ROMANS