Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 16/19
roman , chevalCupidon
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En baissant le regard, il s’aperçu que les sabots de l’étalon laissaient discrètement apparaître quatre trous en pince et quatre autres traces en quartier. C’était beaucoup trop pour un ferrage normal. En grattant la paroi avec une aiguille de pin parasol, il s’avéra que les trous plus larges qu’à l’habitude avaient été colmatés avec une fine sciure de bois mélangée à de l’huile épaisse. Le cheval avait été délesté d’un poids considérable depuis quatre jours tout au plus. Pendant l’examen, Quentin sentait dans son dos l’agréable souffle chaud que l’animal exhalait par les naseaux. Celui-ci était resté calme jusqu’au moment où Quentin entreprit de dégager la fourchette de l’antérieur gauche. Malgré un refus violent de l’étalon, Quentin eut le temps d’une nouvelle vision. Sous la corne anormalement fine il aperçu une main. Entre ses propres doigts il ressentit l’étrange impression d’avoir déjà tenu cette main dans les siennes en d’autres temps. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond.
Quoique la scène se passât en plein midi, Quentin se saisit d’une lampe torche. Après avoir guidé Cupidon sous le feuillage ombragé d’un bouleau, il entreprit d’examiner ses yeux en prenant garde de l’aborder par le flanc pour ne pas l’effaroucher. A l’ombre, la pupille du meilleur ami de l’homme s’était dilatée, le faisceau de la lampe plongé dans les globes oculaires la ferait se rétracter.
Il n’en fut rien. Contre toute logique de la plus élémentaire des règles de l’anatomie, Cupidon dilata ses pupilles si grandement que Quentin pu voir dans son regard la chose la plus inattendue qui fut. Au fond de l’œil il y avait un autre œil. Un œil d’une infinie douceur quoiqu’il ne fût ni animal ni humain, une pierre ronde qui livrait l’émeraude en son centre et qui disait :
Attends !
Quentin n’aurait pas contredit un ange mais attendre, attendre, toujours attendre ! N’y avait-il pas d’autre vocabulaire dans un monde qui communiquait par fibres optiques et mondialisait son économie ?
Raté ! Les robots ne réagissaient que lorsque les décibels dépassaient leurs limites, il leur fallait des fumigènes, des lasers, des images projetées en grand. Alors un ange qui murmurait, ça passait inaperçu. D’ailleurs l’œil avait dit :
A temps !
C’était bien là que se trouvait le véritable trésor des Ocres : à temps !
Le 13/12/2008 dans ROMANS
