Baden Powell de Aquino 1/2

bossa nova

Hommage

Je veux rendre ici un hommage à Baden Powell de Aquino*, guitariste génial du Brésil. Celui qui a charmé l’Europe des années 70, celui qui, avec Vinicius de Moraes*, a formé le duo le plus poétiquement pur et le plus prolixe de la Bossa nova.

A la fin des années 70, atteint d’une longue maladie, Baden Powell de Aquino se fait discret au point de ne laisser planer sur lui qu’un épais silence. Avec le temps, son public s’attend à ne plus recevoir qu’une seule nouvelle : celle de sa disparition.

En février 1999, je viens tout juste d’enregistrer Bossa Nova & autre guitare, avec des arrangements de 3 titres de Baden Powell de Aquino (Chanson d’hiver, Samba em preludio et Retrato brasileiro), qui s’ajoutent à mes enregistrements précédents. Et voilà que Baden Powell de Aquino réapparaît à la surprise générale pour une brève tournée en Europe, alors même que l’Occident se prépare à célébrer le 500 ème anniversaire de la découverte du Brésil ! Qu’y a-t-il dans la tête de Baden Powell de Aquino à ce moment ? Nul ne le saura jamais. Par contre, je peux vous dire ce qu’il y a dans la mienne : la décision de lui rendre un hommage inconditionnel.

J’apprends donc incidemment que Baden Powell de Aquino donnera un concert à Marseille en mai de la même année. A ce moment là, j’habite à Sisteron, autant dire à un jet de pierre. Ni une ni deux, je vois là une opportunité d’offrir mon CD à Baden, de la main à la main, en remerciement pour ses contributions à la guitare. Et puis, pour tout dire, j’ai un drôle de pressentiment qui me fait croire que c’est la dernière occasion de le voir et qu’il faut la saisir maintenant.

Je saute sur mon téléphone pour réserver une place. Tout est pris. J’insiste, la Dame fléchit, je décroche une place juste à côté d’elle, aux manettes des éclairagistes. Dernier gradin, vue plongeante, pile poil en face de l’artiste, ça me va comme un gant, je jubile.

Marseille - mai 1999 : l’adieu

J’arrive à Marseille à 15h30. Tant qu’à faire, autant en profiter pour flâner. En mai, fais ce qui te plaît. Je file directement chercher mon billet, je remets le CD à la fille qui se chargera de le transmettre. On taille une bavette, elle retourne au boulot et, moi, je vais musarder au soleil sans quitter ma montre des yeux. Rendez-vous à 21 heures. Je rencontre par hasard Martine et Jean-François. Je suis très content de les revoir, on traîne un peu à la terrasse d’un café.

20 h 30 : devant la salle, sur les hauteurs de la porte d’Aix, le public est déjà là. Je dois dire que ça m’étonne car la ponctualité n’est pas l’apanage du cru, surtout avec ce soleil. Je constate également la présence de nombreux brésiliens dont il faut dire, au passage, que la communauté est fortement représentée en France et tout particulièrement à Marseille, lieu de résidence du consulat du Brésil.

21 h 30 : Baden Powell de Aquino n’est toujours pas là. Les gens sortent de la salle pour prendre un verre ou fumer une clope sur le trottoir. Ambiance détendue.

21 h 45 : le pressentiment bizarre me taraude à nouveau l’esprit. Même si ce doit être la dernière : viens, nom de D... me laisse pas comme ça !

21 h 55 : tout le monde est dehors, à profiter de la tiédeur de ce soir de mai, quand le régisseur annonce que BP vient de téléphoner. Il arrive de Lyon (le concert de la veille). Il est pris dans un bouchon, pas très loin d’ici. Une vingtaine de minutes d’attente encore, tout au plus.

22 h 15 : une voiture s’arrête devant l’entrée principale. Baden Powell de Aquino s’engouffre dans les lieux, suivi par sa compagne, son chauffeur-attaché-de-presse, et par sa guitare. Tout va très vite. Est-ce que personne ne l’a reconnu ou bien serait-ce que chacun serait resté béat devant l’apparition furtive du petit homme géant ? Le public s’empresse de retrouver les fauteuils de velours rouge. Quelques applaudissements en guise d’appel, un silence qui veut dire que cette fois tout le monde est fin prêt, les lumières dans la salle qui baissent jusqu’à s’éteindre, la poursuite qui va chercher du côté cour : Baden Powell de Aquino fait son entrée.

Le 12/05/2009 dans REPORTAGES