REPORTAGES
Frédérique Bajart
bossa novaA l’approche de la quarantaine, Frédérique abandonne le métier qu’elle exerce dans le secteur de la production photographique.
Organiser des mises en situation pour immortaliser des clichés publicitaires l’aura certes passionnée un temps, mais sa créativité demande à s’émanciper, à s’exposer dans une autre dimension.
Au hasard d’une séquence photographique, réalisée pour un musicien de jazz, elle fredonne spontanément quelques airs habituellement réservés au public de sa salle de bains.
L’artiste la regarde, l’entend, l’écoute, et patatras !
Les dispositions de la Belle pour l’interprétation de la Musique populaire brésilienne se révèlent comme un conte des Mille et une nuits. Le grain de cette voix séduit dès la première note. Chaleureuse et directe, Frédérique nous envoûte et nous plonge dans l’infini bleu des Ocres en mouvement.
Sur le tard, dit-elle. Je confirme : 36 ans, c’est une damnation pour une fille canonique !
Rapidement invitée au Petit Journal et au Relais Plaza, elle enchaîne les rencontres et enregistre son premier album en 2009 avec JAZZ VELOURS
EXTRAITS
EN PERSPECTIVE
La préparation du deuxième album
La participation à des festivals en 2010 et 2011
Des compositions à mi-chemin, entre Jazz et Bossa nova
En bref : faire de jolies scènes !
LIENS
J’ai le plaisir de vous présenter Frédérique parce qu’elle chante à l’âme des Ocres.
Avis aux passionnés !
Joël Hauet
photographiePlusieurs périodes traversent le bilan photographique de cet artiste. Après les natures mortes où la lumière joue un rôle primordial, les portraits ont chatouillé l’objectif de Joël Hauet.
Un certain regard, un certain talent
Qui n’a jamais rêvé de fixer une vision fugitive, l’émotion d’une contemplation ? Qui n’a jamais souhaité modifier, selon son humeur ou ses aspirations, un paysage, une impression, le souvenir d’un être, un visage entrevu ?
- « Utopie ! » penseront certains.
- « Non, magie de la photo ! » répondrait Joël.
Jean-Paul Maquin. L’Union - Soissons
Une porte ouverte sur l’imaginaire
Avoir l’œil photographique vaut bien d’avoir l’œil du peintre si la photo suscite une réelle émotion. […] Certains de ses tirages, hyperréalistes ou semi abstraits, ne sont pas sans rappeler quelques grands photographes américains. […] A travers la grande diversité de sa production, Joël Hauet laisse une porte ouverte sur le monde de l’imaginaire et sur un univers d’émotion dans lequel baigne l’ensemble de cette exposition.
Claude Gagnepain. L’Union - Reims
C’est avec grand plaisir que je fais une place à cette exposition sur mon site. Vous noterez le soin porté aux tirages, témoin d’un remarquable travail en laboratoire.
Joël Hauet est membre de la Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques ss/1043270. Ses œuvres sont protégées.
Copyright J. Mantz
Crédits Joël Hauet
Fabienne
peintureFemme - femme dans l’univers des Ocres, Fabienne nous propose des émotions picturales et intimistes.
Elle a vu le jour en même temps que j’arrêtais de jouer à la poupée, un an avant que je ne décide d’embrasser les filles sur la bouche, pour de vrai.
Toute gamine, elle pratique la danse classique durant 7 ans. Ensuite, elle plonge corps et âme dans la danse moderne qu’elle pratique pendant 2 ans. Elle aime aussi le Tango qui, pour elle, se dessine de préférence en rouge et noir.
Depuis 1996, Fabienne peint régulièrement des aquarelles sur papier. En 2008 elle se met à la toile, osant d’astucieux mélanges de pigments avec l’acrylique, l’encre de Chine et les pastels. Il en résulte une luminosité originale, étonnamment révélée par la photographie.
Avec une lueur d’espièglerie dans le regard, elle prétend qu’il n’y aurait pas de message dans ses productions. Tiens donc ! Qui ne penserait à la période bleue d’un Pablo Picasso ou aux frasques d’un Salvador Dali en regardant ses expositions ?
Après quelqu’hésitation, Fabienne signe maintenant ses œuvres d’un FA, le quatrième degré dans la gamme des Ocres, le vert discret des énergies fines et dévouées.
L’avenir à court terme se résume en ces termes dramatiques :
« Peindre l’émotion qui ressort de la chanson ou décaper les portes de ma maison ? »
Une gageure, assurément !
C’est parce qu’elle se méfie des snobinards de l’art convenu que j’expose ici, avec un immense plaisir, la plus grande peintureuse de sa cage d’escaliers.
Copyright Jacques Mantz
Crédits Fabienne Guérin
Julien Ferre
écritureIl veut encourager l’imaginaire qui sommeille en nous. Entrez dans sa librairie et vous y reviendrez. Alors commencera la découverte.
Au comptoir des rêves
Une librairie réduite à un espace dont il ne serait que l’agent de contrôle et de vente serait étrangère à son entendement. Le fonctionnement « à l’office » est pour lui comme une privation de liberté, une subordination de l’âme à la restriction.
Julien pense qu’une fois dévoilée, une œuvre appartient à tous. Comme un Ocre en quête d’unité, il espère réunir dans son univers la littérature, la sculpture, la peinture, la musique, et tout ce qui contribue à la créativité ou à l’expression.
C’est un pied de nez aux robots matérialistes qui croiraient encore en l’existence d’arts majeurs ou d’arts mineurs.
Des coups de cœur
Des classiques de Maupassant jusqu’aux contes et légendes fantastiques en passant par les hardiesses réalistes de la science-fiction, il se montrera intarissable si vous savez le lancer. Il vous faudra l’arrêter car il pourrait tout aussi bien vous expliquer la différence entre un marteau et un maillet, tant il est animé par la passion des livres.
Mettre l’eau à la bouche sans dévoiler l’intrigue ni le dénouement, il adore ça !
Un point de vue sur l’édition
Les publications de nouveautés ne cessent de croître. Elles ont presque doublé en 15 ans mais leur tirage est de plus en plus faible. Outre leur qualité parfois discutable, les nouveautés restent de moins en moins longtemps dans les rayons, gestion du stock oblige, du moins dans le système traditionnel.
Paradoxalement, si le nombre de lecteurs reste relativement stable, le nombre de livres réellement lus ne cesse de diminuer. L’explication majeure tient à la mutation de nos modes de vie. Qu’il s’agisse du travail ou des loisirs, la variété des média modifie le temps que nous consacrons à lire.
La question reste entière à l’égard des générations futures si elles ne sont abreuvées que de textes numérisés.
La bande dessinée pourrait être momentanément épargnée parce qu’elle n’est pas adaptée au petit format de poche : une hypothèse à vérifier.
Des animations
Au Comptoir des Rêves est certes une librairie, mais on y trouve également des animations variées. Les séances de dédicaces se déroulent au milieu d’expositions diverses, les discussions s’animent dans un petit espace « salon » ou dans une cour ensoleillée. En perspective : le « café philosophie » et la lecture vivante de contes et nouvelles.
Lorsque j’ai découvert cette Librairie café, une phrase a retenu mon attention : "la vie en commun est une éthique".
C’est pourquoi je suis très heureux de faire une place à Julien sur mon blog.
Bienvenue dans l’univers des Ocres !
Benoît Léger
peinture
Un hiatus avec l’art
ou la quête de l’improbable
- un arrière-grand-père qui peint des bouquets de fleurs, homme reconnu par ailleurs pour ses toiles immortalisant les bords de Meuse
- un père, féru de peinture et de sculpture, qui écume à loisirs les salles de vente et les marchés aux puces
- une sœur cadette qui se met à peindre à l’âge de 14 ans ;
Je ne pouvais me lancer dans cette improbable quête qu’avec un indicible plaisir.
Mes premières valses-hésitations me conduisent à reproduire quelques œuvres de maîtres. Puis viennent les esquisses au fusain, plus intimes ou totalement confidentielles.
Parfois, amplifiée par les arpèges que j’aligne sur ma guitare à temps perdu, la contemplation à son comble me pousse à plonger le pinceau dans les pigments naturels de la couleur et du son. Quelque chose de magique me propulse dans l’univers des Ocres, dans l’harmonie du geste et de l’âme, dans une extase artistique où tout semble comme une évidence que je voudrais infinie. L’inspiration me vient comme le rêve arrive dans le sommeil.
Combien de mes dernières touches de pinceau auront annihilé, à la dernière seconde, une toile pourtant appréciée par mes amis ! En irait-il ainsi de toute discipline, de toute volonté ? Quelle qu’en soit la forme, je pressens que l’art rend l’homme plus grand et l’artiste plus petit. Voilà l’humble hiatus que j’entretiens avec lui.
Ai-je besoin de peindre ? Oui, pour retrouver la trame de mon âme dans le grain de la toile !
Des perspectives
A la poupe de mon voilier, je suis maître de mon destin. C’est du moins ce que m’inspire l’étrave lorsqu’elle fend les vagues phosphorescentes que je vois se refermer derrière moi, dans un sillage qui s’apaise en guise de conclusion. Ephémère finitude car, comme Pénélope, il faut aussitôt retisser sur le métier. Qu’un sentiment s’emballe, et l’équilibre s’en trouve rompu.
Dans l’univers des Ocres, perçoit-on ces moments plus intensément ? J’en ai la vague intuition.
Copyright Jacques Mantz
Crédits Benoît Léger
Catherine Larue-Dixon
peintureCette aquarelliste épanouie nous présente le patrimoine architectural et végétal de la Haute Provence. A la recherche de l’essentiel, elle nous offre un graphisme particulièrement épuré.
Le regard original qu’elle pose sur son environnement fait ressortir les détails de leur anonymat. Ici une abbatiale, là une bastide ou une fontaine, Catherine trouve les subtilités qui donnent une âme à ses œuvres. Une vie dans l’univers des Ocres et de la créativité.
Peinture sur œuf
Amusée par l’espièglerie d’une oie, Catherine a d’abord l’idée de se servir des œufs de la cacardeuse pour en faire un support pictural. La pureté de cette matière naturelle remplace avantageusement l’absence du blanc sur la palette de l’aquarelliste.
Peindre des paysages sur une forme ovoïde est un exercice délicat qui s’apparente parfois à la sculpture. Plus que sur une surface plane, le fragile exemplaire est unique.
Aquarelles
Catherine mélange les ocres pures qu’elle prélève elle-même dans sa région. Magique, son pinceau laisse librement circuler l’eau dans les pigments terreux. Il ressort de cette alchimie une lumière colorée, transparente et fraîche.
Des hameaux perchés, des chapelles isolées, des lieux inattendus renaissent aux yeux des habitants qui, parfois, les avaient oubliés. Dans ces paysages, les détails sont si bien suggérés qu’un village surgit d’un nuage, qu’une montagne prend la forme d’un oiseau.
Cartes postales
De très nombreux tableaux de Catherine sont reproduits sur cartes postales dans le but de faire voyager ses aquarelles. Plaisir d’écrire et plaisir d’offrir sont les signes de l’amitié sans lesquels le sentiment s’en perdrait.
Plantes et fleurs
Plus récemment, la passion de l’aquarelliste pour la flore locale l’a conduite à créer des cartes postales à thème : fleurs à protéger, fleurs à déguster, plantes médicinales. Ancolie, bleuet, bourrache, capucine, gentiane, lys martagon, passiflore, pivoine, voilà des noms qui fleurent bon.
J’ai le grand plaisir de vous présenter cette amie fidèle à son potager. Voir l’exposition
Copyright Jacques Mantz
Crédits Catherine Larue-Dixon
Claude Bonnot 1/2
chevalAprès avoir enseigné les mathématiques en France, puis au Gabon, Claude Bonnot renonce aux apparences du vrai faux bois massif du catalogue de la Camif. En 1980, il se forme à l’ébénisterie et développe ses talents dans les domaines de la sculpture et de la peinture.
Écriture
Claude Bonnot célèbre la grande randonnée équestre avec Gamino, son cheval et coauteur.
De leurs pérégrinations sur les chemins de Vézelay et de St Jacques de Compostelle sont nés deux livres :
- Tome zéro (août 2007)
- Tome de sa voie (octobre 2008)
La chevauchée de Claude Bonnot est une exploration profonde de l’univers des Ocres. Le récit est teinté de cet humour particulier dont seul est capable un homme conscient d’être la plus belle conquête de son cheval.
Loin des robots sans âme, ce pèlerin des temps modernes nous livre à profusion des enseignements dont le guide principal est la confiance : celle de l’instant, celle du lendemain, celle des Ocres, selle de cheval.
Aventure
En février 2009, Claude Bonnot poursuit son aventure dans le désert du Sahara, au contact des Touaregs. Artiste multiforme animé par une irrésistible envie d’authenticité, il compte bien nous faire connaître l’émotion profonde qui naît de ses rencontres avec la nature et avec les êtres. Un troisième livre naîtra de ce voyage agrémenté d’illustrations et de poésies.
C’est avec grand plaisir que j’invite Claude dans l’univers des Ocres parce qu’il sait faire parler les chevaux.
Copyright Jacques Mantz
Crédits Claude Bonnot
Visiter le site de Claude
Claude Bonnot : 2/2
chevalPhotos du désert
En février 2009, il va chercher dans le désert les récits d’aventures qui peupleront son prochain livre. L’homme a momentanément troqué le cheval contre le chameau.
Merci, Claude, de nous faire profiter en avant-première de ces photos sublimes.
Cathy Ferger
Collection de poupées en porcelaine
La plupart des poupées sont des jouets pour enfants, des faux bébés que l’on offre aux vraies filles pour jouer à la future maman. Les collectionneurs de poupées sont appelés plangonophiles.
D’un point de vue archéologique, la poupée est probablement le premier jouet connu. Certaines ont été retrouvées dans des tombeaux égyptiens du XX° siècle avant JC. Les chinois furent les premiers à fabriquer des poupées en porcelaine.
Si certaines poupées sont purement décoratives, d’autres ont une signification culturelle liée à une époque, à une mode, à une histoire.
Je suis très flatté de vous présenter la collection de Cathy :
Elle collectionne des poupées en porcelaine depuis son adolescence. Le virus s’est déclenché après qu’on lui ait fait cadeau du premier numéro, début d’une longue série. Elle explique que, probablement, c’est le souvenir d’un dessin animé de son enfance qui s’est ravivé avec ce cadeau. L’héroïne était une petite fille riche devenue subitement pauvre, après la mort de son père. Il ne restait plus à la gamine que la poupée en porcelaine que son papa lui avait offerte avant sa disparition. En bref, tout un symbole !
La poupée est une représentation stylisée d’une personne humaine avec, en plus, un aspect magique. Mélange de fragilité et de constance, son expression nous fascine par sa présence. Le vêtement, les yeux et le regard sont des hypnotiques qui nous réconcilient avec la brutalité d’un monde peuplé de robots sans âme. Bienvenue dans l’univers des Ocres !
Moi-même, je dois vous faire un aveu : j’ai longtemps joué à la poupée. D’abord avec Pépo, un mulâtre en carton mâché vêtu de velours côtelé, puis avec Qualificatif, que nous avons longuement opérée avec ma cousine, infirmière improvisée durant les vacances d’été. Par la suite, je me suis épris d’une Dominique. Elle fermait les yeux pour dormir. Je lui avais donné le prénom de ma voisine qui caracolait en classe de 3ème pendant que j’étais en 6ème. Dingue amoureux d’elle, que j’étais !
Depuis la rédaction de cet article, Cathy Ferger a ajouté à sa collection une petite Elodie en chair et en os, grandeur nature . Bienvenue dans le monde des âmes !
Copyright Jacques Mantz
Crédits Jacques Mantz
Gilles Fortier
cheval
1985 - 1995
Il débute dans le monde du spectacle équestre à Saint-Fargeau (Yonne) lors d’un son et lumière historique. On le voit ensuite au château de Chambord.
Vainqueur du championnat d’Europe de Chevalerie à la Villette, il y gagne un superbe poulain Frison : Jehan sera son premier cheval de spectacle, la vedette de son écurie.
1996
Il présente Razorback au festival Equestria : un numéro époustouflant, mélange de feu, de poursuites et de cascades.
Maurice Galle, metteur en scène de la Nuit des Créations, est séduit.
La même année, Gilles Fortier est engagé pour la feria de Béziers et pour le salon du cheval à Auxerre.
1998
Maurice Galle lui propose de travailler sur Métamorphose, une création aux arènes de Nîmes. Il est entouré de Brigitte Bonnot, de Sylvie Corellou et du Théâtre du Centaure.
Puis il présente son spectacle sur la Piste des Créations à Tarbes, où il évolue avec ses chevaux Jehan et Aresio.
On le revoit en ouverture du festival Equestria aux côtés du Théâtre du Centaure, dans Karma.
1998 se termine à Vérone, pour Fieracavalli, l’un des plus grands salons du cheval en Europe. Sa carrière et ses talents d’artiste équestre sont confirmés.
1999
De nouveau au festival Equestria, il présente Böga : un mélange de feu, de musiques inhabituelles et de danses originales. Cette formidable création ne sera présentée qu’une seule fois.
L’année se poursuit avec des spectacles au château de Lurcy Lévy (Nièvre), à l’Abbaye des Vaux de Cernay à Bourges, et d’autres représentations en région Centre.
En 2000, Gilles Fortier crée le spectacle son et lumière Börte Tchino, qu’il met au point dans le cadre magnifique du château de Genos (Vallée du Louron).
La saison 2001 débute par Cheval Passion en Avignon, avec Chaman, un nouveau numéro qui le propulse aux Crinières d’Or l’année suivante. Une fois de plus, la pièce est unique : le cheval est accompagné d’une danseuse, la mise en scène est sublime.
C’est avec plaisir que je consacre un article à cet artiste équestre. Sur son site, n’hésitez pas à vous inscrire dans l’espace vidéo, le son est tout simplement excellent !
Copyright Jacques Mantz
avec l’aimable autorisation de Gilles Fortier
Visiter le site de Gilles Fortier
Tango nuevo
tangoDans les années 1990, de nouveaux éléments incorporent le tango argentin. La musique et la danse sont les exemples d’une constante évolution de la forme et de la pensée.
Astor Piazzolla avait introduit le saxophone et la guitare électrique, des harmonies parfois inhabituelles, aux confins de l’interdit.
Gotan Project révolutionne le genre par une fusion.
LIEN
L’histoire du tango : 1/3
tangoLe tango argentin est une alchimie particulière qui est née en 1880-1900 et qui débouche, à l’époque, sur une nouvelle forme culturelle.
L’Argentine
Le tango argentin est une alchimie particulière qui est née en 1880-1900 et qui débouche, à l’époque, sur une nouvelle forme culturelle.
Le tango est un dépassement de la danse de couple (valse, mazurka, polka, chotis) et des danses populaires, telle la milonga. Cette dernière continuait à être décriée par la bourgeoisie argentine qui s’accrochait à des danses européennes pré révolutionnaires comme le menuet.
Le tango est marqué par le folklore latino-américain dont le candombé est un fidèle représentant, mais aussi par le « tango » espagnol (une figure de flamenco) et par des influences africaines.
Le tango est né dans les fêtes populaires, puis, rejeté par la société établie, il s’est installé dans les bordels et dans les académies des bas-fonds. A Buenos Aires, le mythe veut que le tango ait germé dans le quartier du port et qu’il ait grandi dans ses lupanars. Il conquiert sa légitimité quand Paris puis l’Europe le reconnaissent. Il se répand alors dans le monde entier. La danse révolutionnaire et licencieuse est adoptée dès 1800.
Les candombés et les habaneras apportent la rupture du rythme, autrement dit la syncope, qui sera la nouveauté par rapport à la musique répétitive des trois temps de la valse. Les milongas apportent aux danseurs un certain style de marche en prise rasante avec le sol.
Dans le tango, on danse davantage serrés l’un contre l’autre. D’un point de vue chorégraphique, le tango est donc une véritable trouvaille, même si, d’une certaine manière, l’invention était déjà présente dans la milonga. Les danses de couple, alors dominantes, exigeaient le mouvement continu. C’est-à-dire que le couple devait enchaîner des pas rythmés sans s’arrêter. Les inventeurs du tango introduisirent la suspension du déplacement. C’est-à-dire que le couple s’arrête tout à coup. Mieux ! l’homme a l’habitude de s’arrêter seul pendant que la femme caracole ou tourne autour de lui et, à l’inverse, la stabilité de la femme permet à l’homme de se déplacer. L’une des caractéristiques fondamentales du tango réside donc dans la suspension du déplacement.
Une autre caractéristique est la rupture avec la chorégraphie symétrique. Par exemple dans la valse, et c’est ce qui fait sa beauté, l’homme et la femme ont un pas identique, exécuté en parallèle. Alors qu’on a pu voir dans la valse une danse égalitaire ou même autogérée, le tango introduit fortement la différenciation des rôles. La suspension est le point de départ d’une chorégraphie différenciée pour l’homme et la femme. Arrêté, l’homme sert de point d’appui à la femme qui enjolive la danse.
Le tango bouleverse les usages mais, en même temps, pour l’intégrer en Europe, on le mutile de manière à l’adapter aux contraintes morales de l’époque : il faut lui donner de la distinction.
Entre 1905 et 1911, les Français passent à côté du tango. Ils vont ignorer plusieurs éléments constitutifs de son extraordinaire paradigme. Le premier niveau de la falsification sera de ne pas comprendre les caractéristiques de la suspension et de l’improvisation. Le second niveau de falsification sera que les Français se mettront immédiatement à écrire le tango, à le faire entrer dans des manuels, alors qu’il n’est justement pas descriptible avec les concepts de l’époque. L’est-il d’ailleurs devenu aujourd’hui ? Cette écriture est non seulement approximative, elle est un véritable contresens.
La question de la standardisation des danses se posa en Europe pour permettre des compétitions sportives internationales. On inventa le tango international des années 1920 – 1930. Mais cette question fut particulièrement mal posée en ce qui concerne le tango, et l’on fabriqua une danse à partir de critères techniques, encore plus éloignée du tango que ne l’était déjà le tango français, avec des mouvements de tête aux antipodes du mouvement tango.
Au début du XX° siècle, un nouveau style de danse sociale émerge dans le peuple parisien. Les inventeurs du musette français (des immigrés italiens et des auvergnats) y intègrent le tango. Même si l’altération fut là encore particulièrement forte, sur des pas extrêmement simples, les danseurs de musette étaient peut-être plus proches des bals populaires argentins que ne l’étaient les danseurs de compétition.
Le tango a souffert des juntes militaires qui se sont succédées durant trente ans, après la chute de Peron en 1955. Les dirigeants interdiront la diffusion de certains tangos classiques. On interdit même la possession d’enregistrements du Cuarteto Cedron. Ce dernier reviendra sur l’avant de la scène lorsqu’il s’installera en région parisienne, dans les années 1970.
Depuis 1990, un nouvel engouement explose en Europe, au Japon et dans de nombreux autres pays, pour créer des lieux où l’on renoue avec le vrai, avec le tango argentin. Ce mouvement s’appuie sur un double soutien : celui des danseurs argentins immigrés à Paris, Berlin, Milan, et celui de danseurs français qui vont se former en Argentine.
Visiter le site de Adrian et Alejandra
L’histoire du tango : 2/3
tangoL’Espagne
Pour évoquer l’emprunte laissée par le monde arabe dans ce registre musical, il faut d’abord mentionner l’apport hétéroclite fourni, au cours des siècles, par des peuples migrateurs : tribus gitanes dont l’ethnie très ancienne et très pure reste difficilement assimilable. A ce prodigieux brassage se joindront également des métissages dus à la découverte du Nouveau Monde : Argentins, Mexicains et Philippins joueront leur rôle dans l’histoire de la civilisation hispanique et, précisément, dans l’élaboration du folklore.
L’Espagne a toujours été une terre d’élection du mysticisme. Un mysticisme ardent, fusion de tous les contraires, fait d’exubérance et d’austérité, nourri d’ancestrales superstitions.
Comme en Argentine, l’histoire des XIX° et XX° siècles est tumultueuse, convulsive. Les événements les plus heurtés s’y succèdent : guerre d’indépendance, règnes ou régence remis en cause par des guerres civiles, république éphémère, guerres coloniales... Sur le plan musical, cette période est un vrai labyrinthe, un incroyable foisonnement d’idées qui permet aux traditions les plus enracinées de côtoyer les modes les plus fugitives.
La musique populaire s’enrichit de l’apport d’une musique coloniale très diversifiée, elle-même souvent issue de la semence ibérique : la habanera (version cubaine du tango andalou) en est un bon exemple.
Danser le tango c’est danser une pensée triste a dit Enrique Santos Discepolo. Toute l’âme de cette danse tient dans cette formule élégante et poétique, mais le tango ne se résume pas seulement à un sentiment de nostalgie et de douleur. Il est aussi, et même surtout, passion, séduction, sensualité. De sa musique se dégage en effet une intensité dramatique. Le public peut percevoir la violence des sentiments humains et la passion que des êtres peuvent éprouver.
Si le tango est né en Argentine, il est l’œuvre d’influences apportées par les vagues d’immigration que le pays a connu au début du XIX° siècle lorsque Espagnols, Italiens et Français sont venus s’y installer.
LES TROIS GENRES
D’un point de vue musical, trois types de tango peuvent être distingués : le tango-milonga, le tango-romanza et le tango-cancion. Le tango-milonga est strictement instrumental et il a un caractère rythmique très marqué. Le tango-romanza, qu’il soit instrumental ou vocal, est plus lyrique, plus mélodique. Il comporte un texte fortement romantique. Le tango-cancion, comme son nom l’indique, est toujours vocal. Il a un fort caractère sentimental et devient un genre populaire de grande cité qui n’est plus associé aux bas-fonds des faubourgs. Les tangos-chansons expriment la vie en termes pessimistes, fatalistes et, souvent, pathologiquement dramatiques. Quelques-uns des meilleurs exemples sont Mi noche triste de Samuel Catriosta (1915), Milonguita de Enrique Delfino (1920), Adios muchachos de Julio Cesar Sanders (1928).
- Trouver deux tangos traditionnels dans 9 tablatures du répertoire populaire espagnol
- Visiter Tango cuivré
- Visiter Tanguisimo et voir la vidéo trailer
L’histoire du tango : 3/3
tangoCarlos Gardel est un véritable mythe. Astor Piazzolla opère une révolution en poussant plus loin que tous les autres l’autonomie de la musique par rapport à la danse.
Carlos Gardel
Carlos Gardel est une étape importante dans l’histoire du tango. C’est un véritable mythe. D’ailleurs, sa naissance est entachée de mystère, sa mort est auréolée d’un drame. Est-il né en Uruguay ? Est-il né à Toulouse ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est mort le 24 juin 1935, brûlé dans un accident d’avion à Medellin, en Colombie. Une partie de son public refusa de croire à sa mort. Il est devenu le mythe le plus fort qui puisse être en Argentine. Toutes les classes sociales se sont identifiées à lui. La quantité de livres parus sur Gardel est impressionnante.
Enfant, el francesito comme on l’appelait, accompagne sa mère dans les loges du Politeama où elle s’occupe du linge des artistes. Il est aimé des artistes et fasciné par le chant. Sa carrière commence en 1912. En 1925 il enregistre en Espagne puis il vient à Paris, réalisant le rêve de tout Argentin. A partir de 1932 il construit sa carrière de chanteur international en s’appuyant sur des textes conçus pour être compris par le monde entier. Il est celui qui ignore de quelle souche il est issu et dont la naissance reste mystérieuse, comme il en va des héros légendaires.
Astor Piazzolla
Astor Piazzolla (1921-1994) opère une révolution en poussant plus loin que tous les autres l’autonomie de la musique par rapport à la danse. Il est révolutionnaire parce qu’il a le projet clairement exprimé de changer la tradition, de secouer l’establishment du tango. Les traditionalistes ne supportent pas ses inventions. Le rôle d’Astor est important car il va redonner de l’intérêt au tango en tant que genre musical et, paradoxalement, le grand regain du tango dansé des années 1980 doit beaucoup à son intervention permanente sur les scènes internationales.
Astor commencera par écouter le jazz, qu’il aime beaucoup. A neuf ans, il reçoit de son père son premier bandonéon et, 5 ans plus tard, il jouera son premier tango avec Carlos Gardel à New York : Sans savoir rien, dira-t-il sur les ondes de Radio France en 1981. En parlant de Gardel, il affirme dans cette interview : Avant tout c’est un mythe. C’est le mythe argentin et je crois qu’il n’existe pas de mythe médiocre. Quand quelqu’un est un mythe c’est que c’est une personne importante. Il n’y a aucune personne qui peut chanter le tango mieux que Gardel.
Astor Piazzolla commence par écouter les petits orchestres et tombe amoureux du tango : En même temps que j’aime beaucoup Bach, je vais commencer à aimer le bon tango et lutter contre le mauvais tango, le médiocre. Je commence à faire des arrangements pour tous les orchestres de Buenos Aires mais tous les orchestres n’ont qu’une chose en tête : jouer pour faire danser. Ce qui fait un tango très simple et je ne suis pas content de jouer toujours la répétition constante de la même musique pendant plusieurs années. Alors je constitue mon propre orchestre. Au début je trouve pas de succès parce que ma musique n’est pas faite pour être dansée. C’est un problème car, en 1946, tous les peuples dansent le tango.
En réponse à l’animateur radio (qui l’interroge sur ses compositions) Astor Piazzolla répond :
C’est pas du tango-jazz. Je crois que la parole « jazz » elle a rien à voir avec la musique que je compose. J’ai habité beaucoup de temps à New York mais, du jazz, il y a rien du tout. Heureusement, il y a du Piazzolla. La musique que je compose, c’est la continuation du tango, c’est de la musique d’aujourd’hui. Pour être Piazzolla il faut aller au conservatoire et étudier beaucoup de la musique.
Pour rédiger ces articles je me suis inspiré de : Caroll & Brown Limited, Les danses de salon, 1994 / Christiane Le Bordays, La musique espagnole, PUF 1977 / G. Regazzoni, MA. Rossi, P. Sfragano, Abc del ballo, Solar 1998 / Radio France du 21 mars 1981 / Rémi Hess, Le tango, PUF 1996.
Histoire de la Bossa nova
bossa novaDes croque-morts pour la Canne à sucre
L’expansion économique du Brésil aura pour principal moteur la canne à sucre. En quelques années, les bateaux des négriers vont cingler régulièrement depuis les côtes d’Afrique jusqu’au port de Bahia.
On oublie pourtant trop souvent que le plus grand mal qui frappe alors les Africains n’a rien à voir avec la douleur physique. A peine parvenus au terme de leur voyage, ils commencent à souffrir d’une peine inexplicable pour des négriers persuadés que les Noirs n’ont pas d’âme et, donc, pas d’état d’âme : l’esclave souffre de banzo. Le banzo est à lui seul responsable de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de morts. Le banzo, tout comme la saudade brésilienne ou le blues nord-américain, ne connaît pas de traduction satisfaisante. En Europe on pourrait qualifier cet état d’esprit de mélancolie, de langueur, de tristesse. Mais le banzo et la saudade recouvrent bien plus que cela. Ils désignent un état d’âme fait de nostalgie où se mêlent une infinité d’autres sentiments. C’est une espèce de mal-être doux-amer, toujours en équilibre entre plusieurs sensations situées à l’opposé de la passion.
La vague déferlante
Les années soixante marquent l’avènement d’une musique nouvelle, délicatement ciselée : La Bossa Nova entreprend une carrière conquérante, au-delà des clivages géographiques ou stylistiques, avant que ses standards ne soient repris par de nombreux jazzmen.
L’amour tendre
Dans les années soixante-dix, le Brésil vit les heures les plus sombres de son histoire. Suite à un putsch militaire musclé, le pays est privé de ses libertés fondamentales. Gilberto Gil, Caetano Veloso, Baden Powell ou Chico Buarque sont frappés d’exil.
Le Brésil se résume alors à quelques disques brillants, signés Baden Powell ou Vinicius de Moraes.
Malgré tout, au-delà de ces dérives – et au même titre que le jazz, le blues ou le rock – la musique populaire brésilienne demeure bien l’une des clés de voûte de la musique internationale. Alors que depuis la naissance du Brésil en 1500, les liens avec l’Europe n’ont jamais cessé de s’intensifier, sa musique pourtant largement appréciée pâtit d’une méconnaissance assez générale qu’il devient urgent de réduire.
Le samba
On aurait tort de croire que le samba - nom masculin qui définit un rythme et non une danse - se limite à une musique festive jouée uniquement durant les trois jours du carnaval. Ses rythmes peuvent être très marqués, presque violents quand l’hystérie collective d’une fête populaire prend le dessus. Ils peuvent aussi être doux et tendres, se promener avec une nostalgie délicatement brodée à la lisière de la Bossa Nova.
Il faut bien l’avouer, le carnaval de Rio n’est plus que la triste ombre de lui-même. Ce carnaval jadis mythique a vendu une grande part de son âme : il ne s’adresse plus au Carioca mais au touriste argenté.
La Bossa Nova
La plus tendre musique du Brésil a connu, entre 1958 et 1964, sept années de pur bonheur, de créations exceptionnelles.
En sept ans, le Brésil s’est plongé avec délices dans un bain de jouvence. Il a balayé d’un sourire les chanteurs de radio et les crooneurs, il s’est baigné dans la démocratie, il s’est saoulé d’espoir. Il a réinventé sa musique mais aussi sa poésie, son cinéma, son architecture et sa littérature.
Lorsque les forces militaires s’emparent du pouvoir au Brésil, la Bossa Nova sait qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre et c’est une chape de plomb qui s’abat sur le pays. Cette tristesse froide durera près de vingt ans.
C’est dans le chaos toujours propice à la création et à l’émergence de styles artistiques nouveaux que le Brésil accouche d’un mouvement musical complètement révolutionnaire : le Tropicalisme.
Le triomphe du mauvais goût
Négation de la société et de ses valeurs, négation de la morale religieuse, négation de la dictature et de ses crimes, négation de la devise patriotique « Ordre et Progrès » : tous les ingrédients du mouvement tropicaliste sont réunis ici.
A la télévision aussi, le Tropicalisme fait une entrée fracassante. Charinha, présentateur vedette, est apprécié de tout le Brésil grâce à un étrange mélange de populisme, d’humour un peu vulgaire et de paternalisme condescendant.
Vers la fin des années soixante-dix le Brésil s’est débarrassé de ses libres penseurs : il a exilé les artistes de la Bossa Nova, maté les musiciens de la cançao de protesto, exclu définitivement les jeunes chiens fous du Tropicalisme. Seul ou presque, Chico Buarque tente de résister, jouant à cache-cache avec la censure et écrivant des chansons à double sens sous différents pseudonymes.
Aujourd’hui, avec le recul, il est difficile de réécouter les expériences musicales des Tropicalistes sans sursauter : les sons saturés et la créativité sont trop souvent influencés par le rock’n’roll nord-américain.
La belle amante
Depuis les couplets courtois des modinhas de Domingos Calds Barbosa et ses lundus coquins jusqu’à la tendre et sensuelle Bossa Nova, l’histoire de la musique populaire brésilienne et une histoire d’amour, d’amitié et de plaisir. Douce ou violente, envahie de saudade ou explosant de joie et déchaînée, comme un samba de carnaval, elle est la musique amie, la confidente, la consolante, la belle amante lointaine. Elle ne demande qu’à être écoutée.
Donne moi la main camarade
Toi qui viens d’un pays où les hommes sont beaux
Serre moi la main camarade
J’ai cinq doigts moi aussi, on peut se croire égaux
Claude Nougaro
Pour en savoir plus sur la Bossa Nova, avec une foultitude de détails, je vous recommande les ouvrages dont je me suis inspiré. Jean-Paul Delfino : Brasil a musica, Parenthèses 1998 / Brasil Bossa Nova, Edisud 1988.
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