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N. Pedreira
guitare , tangoPour les passionnés, voici un croyant-pratiquant plein de ressources.
Il est Argentin, alors on pense Tango. Norberto Pedreira, c’est bien plus. Il passe avec aisance du Tango gouailleur à la suave Bossa Nova, de la pétulante valse péruvienne au jazz acidulé. Avec une élégance discrète, il s’affirme comme un guitariste qui transforme ses auditeurs en doux rêveurs et en voyageurs étonnés.
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L’histoire du tango : 1/3
tangoL’Argentine
Le tango argentin est une alchimie particulière qui est née en 1880-1900 et qui débouche, à l’époque, sur une nouvelle forme culturelle.
Le tango est un dépassement de la danse de couple (valse, mazurka, polka, chotis) et des danses populaires, telle la milonga. Cette dernière continuait à être décriée par la bourgeoisie argentine qui s’accrochait à des danses européennes pré révolutionnaires comme le menuet.
Le tango est marqué par le folklore latino-américain dont le candombé est un fidèle représentant, mais aussi par le « tango » espagnol (une figure de flamenco) et par des influences africaines.
Le tango est né dans les fêtes populaires, puis, rejeté par la société établie, il s’est installé dans les bordels et dans les académies des bas-fonds. A Buenos Aires, le mythe veut que le tango ait germé dans le quartier du port et qu’il ait grandi dans ses lupanars. Il conquiert sa légitimité quand Paris puis l’Europe le reconnaissent. Il se répand alors dans le monde entier. La danse révolutionnaire et licencieuse est adoptée dès 1800.
Les candombés et les habaneras apportent la rupture du rythme, autrement dit la syncope, qui sera la nouveauté par rapport à la musique répétitive des trois temps de la valse. Les milongas apportent aux danseurs un certain style de marche en prise rasante avec le sol.
Dans le tango, on danse davantage serrés l’un contre l’autre. D’un point de vue chorégraphique, le tango est donc une véritable trouvaille, même si, d’une certaine manière, l’invention était déjà présente dans la milonga. Les danses de couple, alors dominantes, exigeaient le mouvement continu. C’est-à-dire que le couple devait enchaîner des pas rythmés sans s’arrêter. Les inventeurs du tango introduisirent la suspension du déplacement. C’est-à-dire que le couple s’arrête tout à coup. Mieux ! l’homme a l’habitude de s’arrêter seul pendant que la femme caracole ou tourne autour de lui et, à l’inverse, la stabilité de la femme permet à l’homme de se déplacer. L’une des caractéristiques fondamentales du tango réside donc dans la suspension du déplacement.
Une autre caractéristique est la rupture avec la chorégraphie symétrique. Par exemple dans la valse, et c’est ce qui fait sa beauté, l’homme et la femme ont un pas identique, exécuté en parallèle. Alors qu’on a pu voir dans la valse une danse égalitaire ou même autogérée, le tango introduit fortement la différenciation des rôles. La suspension est le point de départ d’une chorégraphie différenciée pour l’homme et la femme. Arrêté, l’homme sert de point d’appui à la femme qui enjolive la danse.
Le tango bouleverse les usages mais, en même temps, pour l’intégrer en Europe, on le mutile de manière à l’adapter aux contraintes morales de l’époque : il faut lui donner de la distinction.
Entre 1905 et 1911, les Français passent à côté du tango. Ils vont ignorer plusieurs éléments constitutifs de son extraordinaire paradigme. Le premier niveau de la falsification sera de ne pas comprendre les caractéristiques de la suspension et de l’improvisation. Le second niveau de falsification sera que les Français se mettront immédiatement à écrire le tango, à le faire entrer dans des manuels, alors qu’il n’est justement pas descriptible avec les concepts de l’époque. L’est-il d’ailleurs devenu aujourd’hui ? Cette écriture est non seulement approximative, elle est un véritable contresens.
La question de la standardisation des danses se posa en Europe pour permettre des compétitions sportives internationales. On inventa le tango international des années 1920 – 1930. Mais cette question fut particulièrement mal posée en ce qui concerne le tango, et l’on fabriqua une danse à partir de critères techniques, encore plus éloignée du tango que ne l’était déjà le tango français, avec des mouvements de tête aux antipodes du mouvement tango.
Au début du XX° siècle, un nouveau style de danse sociale émerge dans le peuple parisien. Les inventeurs du musette français (des immigrés italiens et des auvergnats) y intègrent le tango. Même si l’altération fut là encore particulièrement forte, sur des pas extrêmement simples, les danseurs de musette étaient peut-être plus proches des bals populaires argentins que ne l’étaient les danseurs de compétition.
Le tango a souffert des juntes militaires qui se sont succédées durant trente ans, après la chute de Peron en 1955. Les dirigeants interdiront la diffusion de certains tangos classiques. On interdit même la possession d’enregistrements du Cuarteto Cedron. Ce dernier reviendra sur l’avant de la scène lorsqu’il s’installera en région parisienne, dans les années 1970.
Depuis 1990, un nouvel engouement explose en Europe, au Japon et dans de nombreux autres pays, pour créer des lieux où l’on renoue avec le vrai, avec le tango argentin. Ce mouvement s’appuie sur un double soutien : celui des danseurs argentins immigrés à Paris, Berlin, Milan, et celui de danseurs français qui vont se former en Argentine.
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L’histoire du tango : 2/3
tangoL’Espagne
Pour évoquer l’emprunte laissée par le monde arabe dans ce registre musical, il faut d’abord mentionner l’apport hétéroclite fourni, au cours des siècles, par des peuples migrateurs : tribus gitanes dont l’ethnie très ancienne et très pure reste difficilement assimilable. A ce prodigieux brassage se joindront également des métissages dus à la découverte du Nouveau Monde : Argentins, Mexicains et Philippins joueront leur rôle dans l’histoire de la civilisation hispanique et, précisément, dans l’élaboration du folklore.
L’Espagne a toujours été une terre d’élection du mysticisme. Un mysticisme ardent, fusion de tous les contraires, fait d’exubérance et d’austérité, nourri d’ancestrales superstitions.
Comme en Argentine, l’histoire des XIX° et XX° siècles est tumultueuse, convulsive. Les événements les plus heurtés s’y succèdent : guerre d’indépendance, règnes ou régence remis en cause par des guerres civiles, république éphémère, guerres coloniales... Sur le plan musical, cette période est un vrai labyrinthe, un incroyable foisonnement d’idées qui permet aux traditions les plus enracinées de côtoyer les modes les plus fugitives.
La musique populaire s’enrichit de l’apport d’une musique coloniale très diversifiée, elle-même souvent issue de la semence ibérique : la habanera (version cubaine du tango andalou) en est un bon exemple.
Danser le tango c’est danser une pensée triste a dit Enrique Santos Discepolo. Toute l’âme de cette danse tient dans cette formule élégante et poétique, mais le tango ne se résume pas seulement à un sentiment de nostalgie et de douleur. Il est aussi, et même surtout, passion, séduction, sensualité. De sa musique se dégage en effet une intensité dramatique. Le public peut percevoir la violence des sentiments humains et la passion que des êtres peuvent éprouver.
Si le tango est né en Argentine, il est l’œuvre d’influences apportées par les vagues d’immigration que le pays a connu au début du XIX° siècle lorsque Espagnols, Italiens et Français sont venus s’y installer.
LES TROIS GENRES
D’un point de vue musical, trois types de tango peuvent être distingués : le tango-milonga, le tango-romanza et le tango-cancion. Le tango-milonga est strictement instrumental et il a un caractère rythmique très marqué. Le tango-romanza, qu’il soit instrumental ou vocal, est plus lyrique, plus mélodique. Il comporte un texte fortement romantique. Le tango-cancion, comme son nom l’indique, est toujours vocal. Il a un fort caractère sentimental et devient un genre populaire de grande cité qui n’est plus associé aux bas-fonds des faubourgs. Les tangos-chansons expriment la vie en termes pessimistes, fatalistes et, souvent, pathologiquement dramatiques. Quelques-uns des meilleurs exemples sont Mi noche triste de Samuel Catriosta (1915), Milonguita de Enrique Delfino (1920), Adios muchachos de Julio Cesar Sanders (1928).
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L’histoire du tango : 3/3
tangoCarlos Gardel
Carlos Gardel est une étape importante dans l’histoire du tango. C’est un véritable mythe. D’ailleurs, sa naissance est entachée de mystère, sa mort est auréolée d’un drame. Est-il né en Uruguay ? Est-il né à Toulouse ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est mort le 24 juin 1935, brûlé dans un accident d’avion à Medellin, en Colombie. Une partie de son public refusa de croire à sa mort. Il est devenu le mythe le plus fort qui puisse être en Argentine. Toutes les classes sociales se sont identifiées à lui. La quantité de livres parus sur Gardel est impressionnante.
Enfant, el francesito comme on l’appelait, accompagne sa mère dans les loges du Politeama où elle s’occupe du linge des artistes. Il est aimé des artistes et fasciné par le chant. Sa carrière commence en 1912. En 1925 il enregistre en Espagne puis il vient à Paris, réalisant le rêve de tout Argentin. A partir de 1932 il construit sa carrière de chanteur international en s’appuyant sur des textes conçus pour être compris par le monde entier. Il est celui qui ignore de quelle souche il est issu et dont la naissance reste mystérieuse, comme il en va des héros légendaires.
Astor Piazzolla
Astor Piazzolla (1921-1994) opère une révolution en poussant plus loin que tous les autres l’autonomie de la musique par rapport à la danse. Il est révolutionnaire parce qu’il a le projet clairement exprimé de changer la tradition, de secouer l’establishment du tango. Les traditionalistes ne supportent pas ses inventions. Le rôle d’Astor est important car il va redonner de l’intérêt au tango en tant que genre musical et, paradoxalement, le grand regain du tango dansé des années 1980 doit beaucoup à son intervention permanente sur les scènes internationales.
Ci-dessous, une interview exclusive :
Pour rédiger ces articles je me suis inspiré de : Caroll & Brown Limited, Les danses de salon, 1994 / Christiane Le Bordays, La musique espagnole, PUF 1977 / G. Regazzoni, MA. Rossi, P. Sfragano, Abc del ballo, Solar 1998 / Radio France du 21 mars 1981 / Rémi Hess, Le tango, PUF 1996.


