Tag : roman

Des robots, des âmes et des Ocres : 11/16

roman

Doc Bémol

Le Central était organisé en services indépendants, plus ou moins hermétiques, dont le sectarisme n’apparaissait évidemment pas au premier abord. L’imperméabilité des services était confortée par la conviction de chaque membre qu’il était un prototype héréditaire et unique de la noblesse trovélienne. Les différents services se dégénéraient en mouvements mondains ouverts à tous, pour peu que chaque prétendant fût de bonne société. Les agents étaient modelés selon les normes de la vraisemblance, selon une pâle imitation d’humains en action. L’appartenance à l’un ou l’autre des services se faisait par des cérémonies qui marquaient cependant tout le contraire de l’indépendance.

Le docteur Doc Bémol voulait faire du service des Prélèvements une institution supranationale, une communauté supérieure à toute idée de tout et, de ce fait, totalement indépendante. Après sa relégation par l’Autorité au rang de sous-fifre, Doc Bémol avait décidé de se prendre pour un type formidable dans un monde contre lequel il n’aurait aucun préjugé. Professant des vertus qu’il ne respectait pas lui-même, dédaignant volontiers les vices qu’il pratiquait en cachette, il s’évertuait à faire passer sa pâleur pour de l’indignation.

Dans l’histoire de Trovel, une catégorie aussi dangereuse que les robots avait fait irruption dans la région pour la première fois : les faux-culs. Ils déformaient le réel et pouvaient même paraître sympathiques lorsque les circonstances l’imposaient. Promoteurs du matérialisme et de la possession, ils inculquaient des croyances purement artificielles. Si les agents du Service avaient révélé tout ce qu’ils savaient vraiment, le Central aurait explosé. C’eut été un grand danger pour Doc Bémol s’il s’était vu privé du monopole de la modularité des services. Ceci dit, il se contentait le plus souvent de faire bonne mine dans l’art de mâcher ses mots tout en fermant sa gueule. En toutes circonstances il restait à côté des vrais problèmes, les montées d’huile sur son teint de cierge éteint n’y changeant rien. Irritable quand il devait faire quelque chose qu’il ne savait pas faire, il reportait ses engagements de telle sorte que les délais n’étaient jamais respectés. Protestant du fait que les autres lui demandaient des choses impossibles, il évitait les obligations en prétendant les avoir oubliées, dédaigneux des personnes en position supposée inférieure. L’évitement étant sa stratégie, il agissait avec moult précautions qui le conduisaient à l’inaction :

Si j’ignore un problème, il disparaîtra.

Doc Bémol avait une haute image de lui-même. Il se croyait logique mais sa logique débile se démarquait des faits. Il se considérait avec complaisance comme honnête et droit, alors qu’il était tout au contraire retors, vicieux et agressif. Il mentait, dupait les faibles, car les forts il les jalousait.

L’architecture de la modularité impliquait que les services fussent multiples. Chaque service produisait des effets que les autres s’employaient à ignorer totalement. Dans ces circonstances, le docteur Doc Bémol pouvait agir, ou plus généralement ne rien faire, sans que personne n’en sache rien. Il s’entourait d’une multitude de personnages pour leur faire porter le fardeau rattaché au souvenir de sa honte refoulée : celle d’avoir toujours été en errance et de devoir y rester jusqu’à l’extinction de ses missions. Il avait toujours becqueté sur le dos des morts, depuis la comptabilité du Central jusqu’au service social, avec une préférence pour la logistique, à laquelle de toute évidence il ne comprenait rien. En bref, Doc Bémol soufflait sur la bougie chaque fois que le Central risquait de briller dans la nuit :

Je veux savoir si on utilise le même langage !

Oui, bien sûr : faire la peau, nettoyer, tuer, saigner, faire bouffer de la merde, refroidir, exterminer !

Bordel de merde, je veux que tu utilise ta saloperie d’enregistrement de synthèse pour me parler, et pas cette voix humaine ! Où l’as-tu volée et pourquoi n’as-tu pas exécuté les ordres ?

Les ordres annulaient la mission.

Non ! C’est toi qui as fait foirer cette putain de mission ! Quel module de commande annulait les ordres ?

Le module A 124.

Et que dit le module A 123 qui le précède ?

Eviter tout préjudice collatéral.

Et ce John Park à la noix, qu’est-ce que c’est ?

Un préjudice collatéral, précisément. Je suppose qu’il travaille pour les Ocres mais ça reste à prouver. Ce type n’était jusqu’ici qu’un explorateur pacifique. C’est d’ailleurs ce qui a rendu les ordres contradictoires. Maintenant que les rôles s’inversent, il va falloir me ranger des voitures !

Vous entendez ? Non mais, vous entendez ça ? Moi, je me bats en essayant de défendre nos vies et, elle, elle choisit contre qui et contre quoi elle veut faire la sienne ! Je vais la couper en deux cette salope !

Mouais… il y a comme une énergie indépendante dans ma tête. Une énergie qui ne viendrait pas du programme. C’est comme si, en tuant des innocents, je me sentirais seule.

Alors ça c’est un comble ! Elle se sentirait seule ! Elle est théoriquement conçue de manière à ce qu’elle ne ressente rien du tout ! Cette maudite casserole en ferraille est une insulte à mon ego ! On a investi des millions de raisins dans ce programme. Alors quand va-t-il marcher, hein ? Endormez-la moi, emmenez-la chez un psy quelconque et reprogrammez-la ! On était si près du but, merde ! Coupée en deux que j’vous dis !

Le docteur Doc Bémol n’était décidément pas satisfait de ce modèle. Ceux qui étaient en cours de construction seraient sûrement dotés d’un autre programme. Peut-être Doc Bémol fabriquerait-il de vrais mâles ?

De multiples raisons justifiaient la polyandrie des agents : la compatibilité avec les réseaux, l’accès à d’autres territoires, la diversité bionique de leur descendance, la dissimulation de l’identité du père et bien d’autres encore. Une fois admis le principe de l’accouplement avec plusieurs partenaires, cela signifiait que la compétition spermatique à l’intérieur d’un même corps produisait des sphères non identifiées appelées Echo. Même menacé par des sphères androgynes ou pris de rage, Doc Bémol ne pouvait couper Cléodrake en deux car le risque était trop grand qu’elle ne se mit aussitôt à la recherche permanente de l’autre moitié.

 
 
Le 09/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 12/16

roman

Ombre et lumière

Le hall d’accueil était accueillant comme un hall d’accueil se devait de l’être. Derrière un comptoir métallique, une assistante pleine de poils, customisée comme une Katar de sixième série, finissait de s’épiler en grimaçant dans son bocal. Le succédané croyait avoir un damné succès. John Park salua la vedette et lui posa cette question :

Vous prenez quoi, là ?

Gincobiloba. C’est bon pour la mémoire et pour…

Et pour ?

Les poils sous les bras.

Pardon ?

Je plaisantais. En réalité, c’est un contre vomitif qu’on avale avant l’arrivée des camions de livraison. Je suis Lucie-Paule Ramirez, l’attachée de clientèle du docteur Bémol. Vous désirez ?

Non, plus maintenant !

Si c’est pour une demande de transplantation, servez-vous en documentation dans la pile, là, sur votre gauche.

John Park se dirigea lentement vers la pile et se saisit d’un exemplaire de chaque couleur dans le présentoir. Puis, voyant Lucie-Paule Ramirez s’embarquer dans une discussion passionnée avec un blanc bec au stéthoscope en bandoulière, il se faufila dans l’escalier qui menait aux sous-sols interdits, en direction de la Salle du coffre.

Les destinataires des documents n’étant pas conscients de l’amalgame des organes avec les domaines spécifiques de l’âme, il fallait que les messages soient simplifiés, faciles à comprendre. En d’autres termes, les lecteurs étaient considérés a priori comme des crétins.

Le travail de mise en format était confié à des spécialistes qui formataient d’autant mieux que, techniquement incompétents dans le domaine à valoriser, ils pouvaient facilement jouer les candides ou les cobayes testeurs de textes. Pas de subtilité susceptible d’éveiller la curiosité ou la perplexité, c’eut été mauvais pour l’image de marque. La simplification efficace et mensongère se retrouvait aussi bien à l’intérieur du Central que dans des centres de recherche scientifique externes, progressivement gagnés par les mêmes techniques que les médias de masse.

A l’interne, chaque service consacrait plus de temps à fabriquer son image et à vanter ses mérites, qu’à remplir sa mission. Le hall d’accueil débordait de prospectus flatteurs et de plaquettes alléchantes. Chacun de ces chefs-d’œuvre de valorisation empruntait aux mêmes artifices que le mensonge.

Lucie-Paule Ramirez était invitée à apporter son concours à la valorisation du mensonge. En retour, elle ne recevait d’informations sur les autres services que par le truchement de documents discursifs. Des messages frappés de distorsion, des images déformées par le commun des virtuels. Alors que régnait le silence sur la réalité, des publicités joliment colorées reconstruisaient ici et là des descriptions mensongères qui travestissaient l’organisation réelle.

 
 
Le 08/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 13/16

roman

Cuniculicole

Sitôt fait le remplissage, Cléodrake se plongea dans la lecture de ces merveilles dont les salles d’attente regorgeaient : Moi, mon ego et moi-même on s’éclate !

Le psychiatre apparut en tenue d’ectoplasme dans l’encadrement d’une porte. C’était un homme grand, mince, bien charpenté, avec deux yeux, un regard bleu persan et des oreilles grises qui lui tombaient sur les épaules. Il portait un pantalon noir et une chemise blanche, col ouvert et manches courtes sur des avant-bras poilus comme ceux d’un chirurgien.

Voulez-vous me dire pourquoi vous êtes ici ?

Je fais partie du Central. Je suis rattachée à l’unité spéciale des fournitures. J’aime bien mon travail, même si cela peut sembler macabre, mais je crains d’être en danger. J’ai peur de craquer.

Auriez-vous des exemples ?

[…]

Il n’y avait aucune émotion dans cette voix qui ne se souvenait pratiquement plus de rien. Cléodrake croisait et décroisait ses jambes pour savoir ce que pouvait penser un pied droit quand il se trouvait à gauche de temps en temps. A moins que ce ne fut pour regarder ses chaussures neuves. Le psy s’efforça de faire son travail :

[...]

Voulez-vous vous interroger à ce sujet ?

Non ! Je ne saurais expliquer la relation fragile et complexe qui me liait à elle. Un accord tacite, un contrat de silence, un déni…

Revenons à ces vertiges, voulez-vous ?

Je ne sais pas exactement… je me suis sentie mal mais je ne sais pas pourquoi. J’ai vu se dessiner des chevaux de chagrin dans le ciel de Carcassonne.

Pouvez-vous les décrire plus précisément ?

Aujourd’hui, c’est plus une vision qu’un souvenir. Je me voyais dans les bras d’un inconnu, je n’avais pas peur mais j’étais comme hébétée. Parmi les étoiles, la constellation des sagittaires se fractionnait en trois univers infiniment grands et lumineux. Ils me parurent comme ravagés par une inquiétude provoquée par une situation nouvelle.

[…]

Femme-enfant que les hommes pouvaient avoir envie de protéger, ses difficultés à réussir surpassaient son charme quand elle ne se sentait pas soutenue. Comme les arbres à raisins, elle avait besoin d’un tuteur pour se convaincre de l’unique question qui la taraudait :

Suis-je un bon coup ?

 
 
Le 07/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 14/16

roman

La forêt des faux

Les rayons du soleil étaient encore si forts que ses seins et ses jambes se distinguaient clairement à travers la soie légère. Sous l’étoffe, la vision d’un petit rien de coton blanc attisa la passion de John Park. Elle était là, devant lui, tout miel tout sucre, légère comme un Daïquiri. Leurs deux silences se tenaient par la main. Est-ce qu’il allait pleuvoir des anges ?

Voyant qu’ils étaient seuls, il porta Cléodrake jusque sous un arbre, souleva le rideau, fit glisser le petit rien et joua avec elle à porter le feu par-dessus les faux. Cléodrake jeta sa robe par-dessus tête et l’envoya dans les herbes. En un clin d’œil, plus un fil ne recouvrit son corps.

Moi, rien que moi, moi seule et personne d’autre !

[…]

Mutiler ses émotions ou, mieux encore, les détruire, était une manière de composer avec la détresse, de gérer une éducation de mâle qui ne demandait qu’à vivre. L’absence d’âme se transformait en quelque chose de physique, de palpable, pour ramener l’émotion à un seuil acceptable. Derrière ces pratiques se cachaient probablement des demandes d’attention, une brève impression d’être vivante ou le blâme d’elle-même.

 
 
Le 06/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 15/16

roman

L’autre mensonge

Au vu des rapports que lui envoyait régulièrement Edith Consult, l’Autorité commençait à croire qu’il lui faudrait intervenir plus directement dans les heures à venir. Sa question était maintenant de savoir si, amputé de l’âme, il pourrait encore y parvenir.

Lucie-Paule Ramirez avait échappé de justesse aux stages d’initiation à la survie, dans les cimetières des quartiers périphériques de Trovel, parce qu’elle était végétarienne. Sommée de se taire dès l’instant qu’elle avait chargé la version Professionnelle 2.1, Doc Bémol l’avait dépossédée de tout avec la complicité sournoisement bien pensée de Crimosoft. Pas de définition de poste, pas de contrat de travail, juste ce qu’il fallait de harcèlement, un fauteuil ergonomique… En bref, une situation rêvée pour le manipulateur.

[…]

Des chefaillons de service organisaient des baptêmes de l’air pour Assistanteminijupe 3.3 et Pétasse 4.6 avant de les emmener à coups de rotors se faire empaler au Palladium. C’était une forme de kidnapping plus ou moins consenti, assez peu saignant, dans lequel la Pétasse 4.6 servait d’appât les soirs d’élection de miss Charcuterie fine. Après cette révélation de trop, Lucie-Paule Ramirez fut passée par le feu du crématoire social, celui qui se trouvait au milieu du Central. Elle apparu à moitié comme les gens de la ville et à moitié comme Jeanne d’Arc, notamment dans sa moitié inflammable.

L’autre mensonge résidait par conséquent dans l’espace laissé vacant par des agents qui faisaient le black-out sur la réalité, qui occupaient le vide pour faire du plein avec du rien. Le mensonge consistait à décrire la production des services à partir de résultats virtuels, et non à partir des activités dont ces résultats étaient issus. De plus, la description ne s’appuyant que sur des résultats positifs et des succès, Doc Bémol et Léon Corniaud prenaient grand soin de ne jamais mentionner ce qui relevait du défaut ou de l’échec.

Produire ce genre de discours n’était pas le résultat d’une erreur d’appréciation ou d’une naïveté, mais bien celui du mensonge délibéré. Ce dernier trouvait un semblant de justification dans des arguments gestionnaires tel que le jugement sur la rentabilité des âmes qui étaient mises sur le marché, ou l’image de marque du Central. L’état de la santé sociale des services n’avait aucune importance.

[…]

Mais le mensonge ne pouvait résister à la critique que si les principales preuves sur lesquelles il avait fondé son argumentation avaient disparu. Il ne s’agissait pas seulement de silence et de dissimulation, il fallait faire taire ou faire disparaître les documents compromettants ainsi que les témoins gênants. L’effacement des traces ne consistait pas seulement en un silence sur les échecs ou les accidents. Il fallait aussi effacer la mémoire du passé afin d’éviter les comparaisons avec le présent, effacer les traces de la dégradation globale, au fur et à mesure.

 
 
Le 05/03/2009 dans ROMANS

Des robots, des âmes et des Ocres : 16/16

roman

L’autre rapport

Edith Consult ? Merde, j’avais oublié ! Oui, bon, alors on règle ça vite fait parce que j’attends un coup de fil, hein !

Les docteurs Doc Bémol et Léon Corniaud s’étaient emparés de l’audit d’Edith en même temps qu’ils avaient planifié le rapt de l’âme de l’Autorité. La durée des préliminaires en matière d’audit était variable et, pour exemple, Edith Consult avait dû calculer le taux de parenté des agents du Central pour mettre en évidence les conséquences du recrutement sur le climat social. Une clarification préalable aurait permis aux intéressés de mieux accepter les résultats s’ils avaient participé à son élaboration mais le but étant de nature politique, l’audit d’Edith touchait à des phénomènes de pouvoir au sens du pouvoir des robots. L’unique critère de sélection des agents résidait dans leur capacité à se soumettre à l’absence de fiche de poste et de perspectives.

De toute façon, j’ai rien à dire. Ta mission est la même que l’an dernier. Je ne sais pas si tu es vraiment faite pour ça mais, rassure-toi, je vais te couvrir.

En l’absence d’aucune formulation de la stratégie de pilotage ou de la politique sociale, Edith Consult n’avait pu se référer qu’à des modèles qui provenaient du bon sens au sens du bon sens des Ocres. Ses préconisations n’avaient par conséquent aucune chance de traduction dans aucune mission, pas même dans celle de Chargée de clientèle. Le plus simple était de partir de l’organigramme mais, d’organigrammes, il y en avait une foultitude. Trois loges informelles se superposaient au schéma de l’organisation apparente :

  • La loge des grandes Maisons de distribution qui rassemblaient les parrains trovéliens
  • La loge des menteurs composée des adeptes de Crimosoft
  • La loge des faux-cols, utilisateurs courants de Tais-toituvasteramasserunavertissement.

Dans son style pour le moins prosaïque, Edith Consult avait relevé l’envolée soudaine de symptômes compressibles :

L’absentéisme pour raison de santé répond sans faille à une organisation prévisionnelle des loisirs à l’échelle annuelle. Le terme des absences de moyenne durée est corrélé au calendrier des congés solaires à hauteur de un pour un. Le présentéisme des menteurs est calqué sur le planning de l’Autorité, désormais privé d’âme. Absentéisme et présentéisme de courte durée se fondent dans les accords sur la réduction du temps de travail. Garçon, l’adissiette s’il-vous plomb !

Les écarts par rapport aux lois, aux conventions, aux accords ou à l’énoncé du principe de loyauté étaient tels qu’à défaut d’énonciation, aucun objectif ne pouvait être contrôlé. Le coût des écarts provenant du montage virtuel de l’édifice était exorbitant, au point que le Central ne pourrait survivre au-delà de la survivance de ses loges.

Les rares réunions subsistantes s’organisaient de manière à ce qu’il ne puisse rien s’y dire, la communication descendante cédant volontiers la place aux échanges, à l’heure où les estomacs affaiblis criaient famine. Des séminaires pour la clientèle du Palladium faisaient illusion pour la forme, le maquillage des mensonges était d’une indécence à nulle autre pareille.

Les fraudes se multipliaient comme autant de rétro commissions en liberté. Outre les interprétations pour le moins sibyllines des résultats comparés au temps de présence effective, la refacturation de locations immobilières non déclarées et les abus héliportés faisaient florès. Les faux titres et usages d’allégations ineptes étaient aussi grandiloquents que l’imagination des faussaires à les inventer. Bien en vue sur toute la gamme des supports multimédia disponibles, ils donnaient à voir l’inexistant. Aucune disposition formelle n’était respectée. Pourquoi ? Au profit de qui ?

La conception des Ocres s’appuyait sur les ressources de la compétence et sur la maîtrise des relations à l’environnement, sur la maîtrise des flux d’information et le respect des règles de l’âme.

Edith Consult avait analysé l’imprévu pour comprendre les circuits réels. L’hypothèse sous-jacente à cette approche était qu’une relation de compétition, non reconnue sur le plan formel, engendrait une forte tension qui se traduisait par une intense agressivité.

Les actes mis en conserve provoquaient d’interminables files d’attente que les agents du Central ne pouvaient remonter que par le biais du parrainage, comme il se faisait dans les pays sous-développés. Une équation plus franche que maçonique :

Intimidation + Corruption + Chantage = MAFIA

Cliquer ici pour offrir le roman

 
 
Le 04/03/2009 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres

roman

Seul le vent peut s’engouffrer dans l’architecture complexe du pays dominé par Lure et Ventoux.

Carmen Lhô voudrait qu’on la haïsse, tout serait plus simple pour elle. La réalité lui fait trop peur et les automatismes des robots sont une infection virale plus qu’un simple jeu.

Assoiffée de pouvoir, de foutre et de sang, Perle se fait Chef de guerre au pays des Ocres. Elle mène des combats meurtriers au nom de la Guerre sainte des automates, appuyée sur ses flancs par les cavaleries de Princesse et de Colombe.

Les robots pensaient qu’en ingérant le cadavre de leurs ennemis ils acquérraient les atouts de celui qu’ils mangeaient. Le temps des fifres et des pipeaux était revenu, la loi du silence s’imposait aux malfaiteurs qui voulaient s’emparer du trésor des Ocres.

Lorsque l’alerte fut donnée, nul ne savait quand Carmen Lhô se réveillerait ni même si elle se réveillerait. Les choses qui l’entouraient n’avaient plus rien à dire.

« De toute façon, les fleurs coupées ça crève tout de suite. Après moi le déluge ! »

L’âme des Ocres prendra-t-elle le dessus ?

311 pages pour le savoir !

ISBN 2-9523596-0-1
EAN 9782952359603
Dépôt légal mai 2005

 
 
Le 30/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : ils l’ont lu

roman

Ce livre m’a surprise et bousculée, tant il m’a fait descendre dans les profondeurs les plus sombres des dérives parfois perverses du comportement humain. Mais au final, quel message !

Annie M

Enigmatique et plein d’images. J’ai beaucoup aimé et beaucoup ressenti ce livre à l’écriture sincère. Un roman qui ne laisse pas indifférent, qui réactive en nous des moments de bonheur et de douleur. De belles couleurs et de belles sonorités qui nous font réfléchir sur le sens des choses.

Nathalie L

Tu n’arrêteras donc jamais de nous étonner ? Combien de cordes y a-t-il à ta guitare ?

Bernard S

Une écriture pleine de symboles. J’ai souvent ri en lisant. Merci de nous avoir rappelé l’existence de robots capables de tout détruire sur leur chemin. Une mise en garde qui me sera bien utile.

Jean-Jacques F

Le message est tout en nuance, presque subliminal. Il apparaît dans la conjonction du CD et du livre mais, chut…ne pas déflorer. Quel numéro cette Carmen Lhô ! On t’attend pour l’apéro.

Evelyne et Christian D

Une étude quasi clinique des stades intermédiaires. Un gros boulot du côté de la psycho-patho, et ça tient la route. C’est vrai que tout ça nous ressemble, à la différence que les robots passent à l’acte, souvent même en toute conscience. Comme tu dis : « pas vu, pas pris ».

Daniel H

Au petit matin tout est fini et toi, tu le sais bien. Grâce à toi j’ai beaucoup appris. Merci.

Françoise C

C’est un livre surprenant, tant par la forme que par l’histoire. Ce conte pour adultes m’a emportée au fil de ses pages, au gré d’une mélodie inconnue. Une surprise agréable qui ne m’a pas laissée indifférente ni sans questions.

Pascale F

 
 
Le 29/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 1/19

roman

Fil d’argent

Tout commençait par un apparent refus, par une négation. En amont le refus modéré de la désertification, en aval le refus déterminé de l’intrusion. […]

Le couloir fantasmatique laissait passer en lui l’imagination fertile des hommes qui s’accrochent à la montagne comme le faisaient les genêts et les amandiers. Sous les sommités fleuries des plantes aromatiques, les racines profondes cherchaient dans l’invisible la vraie vie. La vérité était souterraine et silencieuse comme un couvent enfoui sous la montagne par un séisme vieux de plusieurs siècles. […]

De sa tête chauve balayée par Eole, le sommet de Lure dominait les amours et les haines. Il observait par-dessus l’éphémère son vieux frère Ventoux, échangeant avec lui des regards complices qui traversaient le temps sans considération pour les artifices humains. Au fond de la vallée s’écoulait le mystère, comme un fil tissé dans l’attente de l’improbable.

Fil d’argent serpentait ou se précipitait selon les saisons, selon les jours, selon ses humeurs. Lorsque le soleil tombait en pluie de feu, Fil d’argent se réfugiait sous les pierres rondes qui sommeillaient dans son lit. On murmurait à Saint-Martin que les pierres étaient accouchées par la montagne. Seules quelques âmes pouvaient en témoigner et Quentin, quoique n’ayant jamais assisté à leur naissance, n’en avait jamais douté.

 
 
Le 28/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 2/19

roman

Fil d’émeraude

Cet été là, aucune bille ne sortit du ventre de la montagne. La plupart d’entre elles avaient été kidnappées par une poignée de riverains et se mouraient dans des pelouses ou devant les portes de leurs receleurs. […]

Serrée contre un cœur sincère, la bille se faisait légère, les quintaux devenaient plume, le roc s’ouvrait, et l’on pouvait se baigner tout entier dans la lumière verte que diffusait le cœur de pierre. […]

Quentin semblait bien être le seul à le savoir parmi les hommes, du moins se plaisait-il à le croire car, dans la vallée, une femme partageait avec lui ce secret d’aquarelle. Les pierres rondes ne se donnant qu’aux hommes, la femme se contentait de les peindre et son amour pour elles n’en n’était pas moins admirable. […]

Plusieurs fois, Fil d’émeraude s’était révoltée. A Sisteroùn, la rue Basse des remparts portait encore les traces de sa dernière colère. On avait fini par l’endiguer, la contenir, la réguler, parfois même sans l’avis du Conseil suprême. Le vent du nord s’était fait son ami protecteur et les brumes matinales s’effaçaient devant lui, avec grâce et légèreté, pour ne revenir que la nuit, pour couvrir Fil d’émeraude d’un voile satiné qui enveloppait par la même occasion le moulin et sa belle meunière.

Montage photo Carole Glé
Montage photo Carole Glé

 
 
Le 27/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 3/19

roman

Le naturel au galop

Comme elle n’était dotée d’aucune structure mentale, Princesse ne hiérarchisait pas ses rapports. Elle passait sa vie dans l’ignorance de ce qui distinguait les amis des supérieurs, les cousins des voisins, les collègues des concubins. C’eut été une grave erreur de croire qu’elle était la femme de tous les hommes quand elle était l’homme de toutes les femmes. Elle se donnait dans des combats de coqs, dans le seul but de prendre toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus fort.

Ce qui l’intéressait, c’était de prendre aux Ocres un morceau de vie et de feindre ensuite ne les avoir jamais rencontrés. A première vue on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un trait de caractère mais, pour Princesse, il s’agissait d’un symptôme. L’impression de vivre plusieurs vies, de ne passer à côté de rien, traduisait la difficulté à se concentrer objectivement sur les faits. Elle profitait du moment présent, croquait le plaisir sans le savourer ni même le connaître, à la recherche permanente d’un ailleurs. […]

Elle asséna le coup de poing avec le naturel qui ouvre les arcades sourcilières sans sourciller.

 
 
Le 26/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 4/19

roman

Des roses pour le dire

Les délibérations furent exceptionnellement brèves et l’on afficha les résultats sans attendre dans la grande galerie aux chambranles intacts, tels que sortis des ciseaux du sculpteur. […]

L’archer privé de Perle lui offrit des fleurs pour fêter l’événement dans l’espoir d’ouvrir de la sorte une voie sur des lendemains chantants. […]

Rien n’y fit. Le premier qui avait offert des roses à Perle était à ses yeux un doux romantique, le deuxième n’était déjà plus qu’un sombre crétin. Elle aurait suivi le premier jusqu’au bout du monde mais il était mort en héros, un aigle sur le dos. Un fantasme à deux sous, un poison pour l’existence. Alors le deuxième puis le suivant et le suivant encore, ils boufferaient de la rose par les épines. Les romantiques étaient des imbéciles improductifs qui ne baisaient pas, ils faisaient l’amour et c’était encombrant. […]

Perle avait scrupuleusement compté trente cinq roses mais elle n’avait pas vu les fleurs, et bien moins le geste qui compte. […]

Dans son langage, l’archer avait chanté les roses au second degré, celui qui, dans la gamme des Ocres, était don de l’épanouissement. La seconde avait une force dynamique qui donnait à toute mélodie un aspect fluide, elle rassemblait tous les sons conjoints, elle portait en elle une éternelle question qui menait à la connaissance par des relations signifiantes. […]

La mobilité de la seconde dissolvait la rigidité et les tensions comme le faisaient les larmes. La seconde majeure montrait les forces de la croissance pendant que la seconde mineure était encore perturbée par la proximité de l’unisson, par le risque de la mort. De ce conflit naissait l’angoisse et l’impuissance car la vie semblait aboutir à une dissonance. Des forces contraires menaçaient et pouvaient se transformer en haine pour tout ce qui était vivant. Dans le langage des Ocres, la seconde mineure était le moyen d’évoquer la douleur intense, éphémère chrysalide dans les unités centrales.

 
 
Le 25/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 5/19

roman

Lavande lavandula

Perle voyageait aux alentours du château pour recueillir les ingrédients utiles à sa légitimité virginale en devenir, sous le regard bienveillant des guides initiateurs. La qualité des mixtures composées à partir des cueillettes réalisées lors des voyages initiatiques, ainsi que leur efficacité, étaient deux conditions incontournables pour l’obtention du titre de manifestation. […]

La manifestation était ce qui se donnait à voir en actes, au sein desquels les actes de langage, et faisait périodiquement l’objet d’une mise en scène supposant un public parfois construit par la mise en scène elle-même. Celle-ci était étroitement liée à la capacité de maintenir une coupure entre ceux qui avaient la compétence et ceux qui ne l’avaient pas, ainsi que leur capacité à le faire savoir. […]

L’aspect curatif de lavande lavandula et les moyens d’en extraire les principes actifs avaient fait l’objet d’un grand intérêt de la part des Ocres. […]

A perte de vue, tout devint bleu. Dans les terres de broussailles on mettait le feu et, deux ou trois ans plus tard elles étaient couvertes de lavande lavandula. Sur les terrains communaux, la cueillette était interdite jusqu’à l’ouverture officielle. […]

Perle sillonnait les baillassières de nuit. Des lentilles infrarouges amélioraient la vue qu’elle avait basse de jour, et elle coupait les fleurs comme un Maure rendu fou par la puissance de son cimeterre. […]

De ses récoltes, elle conservait une quota pour une utilisation toute personnelle. Perle mettait toutes ces drogues en bouteilles, et le sel qui se déposait au fond était un excellent préservatif dont elle fit la démonstration lors des mises en scène. Elle prit grand soin de dissimuler ses activités nocturnes. […]

La technique des processeurs à trois était extrêmement facile à comprendre pour peu qu’elle fut comparée à un jeu de société, ce dont Perle raffolait. Les cartes à jouer servaient excellemment bien d’exemple. Dans une partie à deux joueurs, les cartes qui n’étaient pas aux mains de l’un étaient forcément dans les mains de l’autre. Or, à partir de trois joueurs le doute s’installait, et généralement personne ne se risquait à dénicher le tricheur afin d’éviter l’outrage, au risque de perdre un ami. A fortiori avec l’augmentation du nombre de joueurs et la floraison d’alliances, le doute grandissait à proportion. Ainsi, Perle n’était jamais là où elle prétendait être et nourrissait jusqu’à plus soif l’irréversible conviction de supériorité. Le trio était un dispositif pour ne pas penser :

Après moi le déluge !

 
 
Le 24/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 6/19

roman

J’ai pas voulu ça

Le comportement le plus communément admis des robots, le plus normal, était de prendre des revanches. Leurs pulsions les plus violentes s’étaient heurtées au cours des siècles à une condamnation de plus en plus sévère. Des Ocres réprimèrent le besoin de vengeance absolument inépuisable au fond des unités centrales. Bien qu’un robot ne voyait rien qui puisse l’étonner vraiment, il remarquait que la société réprouvait ce besoin, alors qu’en ce qui la concernait elle trouvait tous les prétextes pour l’assouvir. En se glissant dans les interstices, le robot était de cette manière bien intégré :

Je peux pas avoir fait ceci, j’ai pas voulu cela, je suis pas digne de ces marques de gentillesse, je mérite pas toutes ces fleurs, je veux qu’on me haïsse et tout sera plus simple.

Les Ocres se rendirent alors à l’évidence que les principes de clémence étaient impuissants, en face de réactions inaffectives aussi violentes. Le besoin refoulé de représailles était indestructible et, à vrai dire, éternel. […]

Les Ocres comparaient cet examen à l’étude des éruptions volcaniques. Elles révélaient que le pouvoir destructeur des coulées de lave était renforcé par des luttes silencieuses qui se déroulaient dans les entrailles de la terre.

 
 
Le 23/12/2008 dans ROMANS

Carmen Lhô chez les Ocres : extrait 7/19

roman

Une alcôve en sous-sol

Un soir d’affreuse déception, constatant qu’elle n’avait pas de pénis et qu’elle n’en n’aurait jamais, Perle décida de prendre les choses en main et convoqua d’autorité Princesse et Colombe. Les deux héroïnes répondirent à l’appel comme les doigts d’une main, les périphériques gavés de testostérone jusqu’à la gueule. […]

Le Conseil de guerre se tint à Dinia, à vingt trois heures pétantes, heure des grandes décisions, dans une alcôve en sous-sol du grand bassin des thermes, non loin d’un jardin entièrement dédié aux lépidoptères vivants. […]

Le plan d’attaque se résumait à se montrer, constituer un réseau d’alliances, se montrer, recruter des mercenaires, se montrer, détruire les opposants, se montrer, infiltrer la place, se montrer, asservir à ses fantasmes de pouvoir et se faire voir. Mais les mercenaires qui guerroyaient n’avaient qu’un but : ramasser du butin. C’est ainsi qu’ils se payaient. Quand les perspectives d’enrichissement leur semblaient trop minces, ils posaient les armes et se débandaient. Perle devrait donc se bâtir une armée avec des Alliances sans expérience. Il lui faudrait leur apprendre la discipline, l’art de se mettre en rangs, les règles du combat selon les robots, les règles selon ses règles.

 
 
Le 22/12/2008 dans ROMANS

Pages : 0 | 15 | 30